Éduc’alcool: les dessous de l’indignation

On devrait interdire l’alcool aux angoissés, ce sont des proies faciles : ils ont la faiblesse de croire, l’espace d’un soir, qu’ils ont droit à leur part de bonheur.

Tonino Benacquista

Samedi 6 février, François Cardinal publiait dans La Presse+ un article coup de gueule intitulé “la modération a bien meilleur goût”, dans lequel il faisait part de son agacement face aux campagnes de prévention d’Éduc’alcool. Il y reprochait une forme d’infantilisation, et le caractère intrusif et moralisateur des messages, par exemple quand l’organisme invite à la consommation modérée d’alcool même si on ne conduit pas: “Pardon ? Maintenant qu’on a rendu populaire l’idée du chauffeur désigné, on demande à ceux qui ne prennent pas le volant d’éviter le troisième verre de vin le samedi soir en soupant avec des amis ! En fait, on ne le « demande » pas, on sermonne, on dicte, en utilisant le présent : « il faut », bon !”. Visiblement remonté, le journaliste n’hésite pas à parler de “sermon puritain” et dénonce, à grands coups de questions plus affirmatives qu’interrogatives, la dérive vers un utopique risque zéro.

Il n’a fallu que quelques heures pour que les médias sociaux s’enflamment, comme on dit, et que l’indignation gagne les amateurs du petit coup de rouge qui détend, et les défenseurs infatigables de toutes les libertés. D’ailleurs le mouvement a pris une telle ampleur que lundi matin Alain Gravel en faisait le sujet principal de sa très sérieuse émission à la radio de Radio-Canada, se permettant même d’engueuler vertement Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool, qui n’en revenait tout simplement pas.

J’avoue avoir moi-même embarqué dans la danse étourdissante de ce débat inattendu, émettant ça et là mes réserves sur l’article de Cardinal, sur son manque de nuances et de perspectives. En effet, si son cercle d’amis consomme avec intelligence et sans conséquence sur son entourage, on ne peut nier qu’à quelques pas de chez lui, un enfant tremble peut-être, transi d’effroi dans le fond de son lit, parce que l’alcool a fait entrer la violence et la chaos dans sa maison. Et s’il considère qu’Éduc’alcool a manqué sa cible avec ses messages trop intrusifs et moralisateurs, il était quand même du devoir du journaliste de rappeler que le mal est peut-être ailleurs, et certainement pas nulle part. Or il s’est contenté d’affirmer que nous étions tous des grandes filles et des grands garçons responsables, ce que malheureusement je ne crois pas.

Mais ce qui m’a le plus surpris dans la sortie de Cardinal et dans l’écho qu’elle a reçu, c’est cette soudaine et virulente prétention au respect. Alors que la publicité abuse des stratagèmes les plus méprisables pour nous inciter à consommer toujours plus (violation de la vie privée, profilage, revente des données personnelles, etc.), alors qu’elle continue à abrutir les enfants, qu’elle continue à réduire les femmes à l’état d’objets et les hommes à l’état d’imbéciles heureux, c’est sur la maladroite campagne d’Éduc’alcool que François Cardinal, Alain Gravel, et les trois quarts de la province ont décidé de dire “Pus. Capab.”?

Il y a, dans cette fronde démesurée, quelque chose qui semble révéler de nous bien plus qu’une grande soif de liberté, et c’est sans doute dans la place qu’occupe l’alcool dans nos vies qu’il faut chercher à comprendre les raisons de la colère.

Nombreux sont ceux qui soupirent de satisfaction, le vendredi soir, un bon verre à la main. Le verre du soulagement, le verre du mérite. La bouteille, souvent. Une autre, parfois. Nombreux sont aussi ceux qui n’ont pas voulu attendre vendredi et qui ont salué leur effort dès le jeudi. La bouteille, souvent. Une autre, parfois. Parce qu’on le vaut bien. Parce que nous menons des vies de fous. Parce qu’on nous presse comme des citrons du matin au soir, parce que le petit doit faire du piano, la grande du patin, parce que mon patron est un écoeurant, parce que mon hypothèque me stresse, parce que je travaille comme un débile douze heures par jour, parce que je rumine dans le trafic, parce qu’on a deux chars, parce que le chalet n’est pas fini de payer et que demain je vais vouloir un bateau. Le mercredi, vers huit heures trente, quand tout s’arrête, ça détend, un petit verre. Et puis un autre. Ça aide à s’endormir, on a trop de choses dans la tête.

La SAQ est une pharmacie sans prescription qui distribue antidépresseurs et anxiolytiques contre une partie de notre salaire. S’étourdir pour oublier un instant qu’on ne va nulle part dans cette course folle et dénuée de sens. S’étourdir pour triompher des timidités, pour s’inventer du courage. S’étourdir pour ne pas s’effondrer. S’étourdir parce qu’on est resté ensemble pour les enfants, pour la maison. S’étourdir alors pour faire l’amour, parce que le désir s’est évaporé, parce qu’on a trop effeuillé, dans le pot-au-feu, la marguerite. S’étourdir parce que, dans le chaos, on a oublié de s’aimer. S’étourdir pour prononcer ses dernières voluptés.

Cardinal, Gravel et les autres, dans cette curieuse et bruyante revendication du droit à l’intoxication, ont-ils eux aussi manqué leur cible en dénonçant les campagnes d’Éduc’alcool, aussi imparfaites soient-elles? Le vin qu’on boit n’est plus celui des noces et des banquets, mais un anesthésiant quotidien qu’on s’injecte pour survivre à une société de plus en plus épuisante et abrutissante, une société qui nous formate et qui nous interdit toute fantaisie. La société sans joie, celle qui rétrécit les âmes, ce n’est pas plutôt contre elle qu’il faudrait se révolter?

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Albert Jacquard est (re)mort

La twittosphère s’en est émue toute la fin de semaine, Albert Jacquard, le célèbre généticien, est décédé le 11 septembre. « Grand scientifique », « merveilleux humaniste », la disparition de l’homme qui « tissait la pensée avec l’humanité » a déclenché une vague d’émotions inédite. Seul petit problème: il n’est pas décédé la semaine dernière, mais il y a deux ans, le 11 septembre 2013.

Malheureusement, Jacquard n’est pas ressuscité d’entre les morts pour venir nous rappeler que la planète va nous sauter à la gueule si on continue de lui enfoncer des aiguilles sous les ongles, il a simplement fait les frais de la modernité et des quelques naufrages qui l’accompagnent.

Je suis un média

Ma voix s’est amplifiée: elle animait jadis le Café du Commerce ou le parvis de l’église, elle porte désormais à l’autre bout du monde. Par le mauvais hasard d’un tweet, d’un re-tweet et de quelques shares, la voilà qui porte et transporte la moindre de mes respirations bien au delà de mon cercle naturel d’influence. Normalement, l’humanité fera la sourde oreille à mes élucubrations, recouvertes la plupart du temps par le vacarme de nos insignifiances accumulées. Mais de temps en temps, ma ligne fera mouche et recevra la complicité, sans vérification au préalable, de quelques-uns de mes semblables.

L’indigestion permanente

Un flot d’informations croissant et inédit s’attaque à mon cerveau quotidiennement. Sur mon fil d’actualités, se bousculent des recettes de cuisine, des vidéos de journalistes assassinées, des chats, des enfants plus ou moins vivants, des réflexions bon marché, des photos de vacances, une célébrité qui s’est teint, une autre qui s’éteint. Chaque jour m’apporte sans nuance une quantité folle d’informations et le temps que j’ai pour les traiter (c’est à dire les lire, les comprendre, y réfléchir, et décider quoi en faire) est devenu inexistant. En d’autres termes, il se peut fort que la mort d’un généticien au physique peu avantageux me rentre par une oreille et me sorte par l’autre sans laisser grande trace.

L’indignation permanente

Laissez-moi vous couper l’herbe sous le pied: oui, je suis affecté par cette maladie. Dommage que le petit barbu scientifique soit en train d’analyser les pissenlits par le dessous, il nous aurait expliqué d’où vient ce mal sans fin qui fait que je souffre quand on enferme un blogueur saoudien, que je souffre quand on affame l’autre côté de l’humanité, et que je souffre de votre indifférence. Alors quand un jour un Jacquard s’en va, quand mon monde devient un peu plus petit et un peu plus mesquin, j’ouvre mon média, et j’hurle à l’univers mon désespoir. Et parfois deux fois plutôt qu’une, comme on dit.

Le selfie

S’il est de bon goût de s’afficher à bout de bras ou de perche avec Denis Coderre sur son Instagram, il l’est aussi de tenir la pose avec quelques morts, frais du jour, choisis pour l’élégance qu’ils nous confèrent. Par exemple, j’ai eu la prudence d’éviter un hommage trop appuyé à Margaret Thatcher puisqu’elle sentait le pipi et la paparmane, surtout vers la fin. En revanche, m’associer à Nelson Mandela froid m’a valu l’admiration de mes pairs qui ont vu dans ses immenses qualités, les miennes. Alors quand un Albert Jacquard s’en va, aussi petit barbu soit-il, difficile de résister à la tentation de prendre la pose avec, pour montrer à la ville et au monde combien l’humanité est belle quand elle me ressemble. Et de recommencer, au besoin, ou par distraction.

La suite

Submergé par des vagues incessantes d’informations de toutes sortes, vérifiées ou non, stimulé par la perspective de pouvoir désormais crier au ciel mes goûts et mes dégoûts, excité à l’idée de pouvoir rayonner, mon cerveau est mis à rude épreuve. Entre le désir de rigueur et le besoin de rapidité, les frontières du vrai, du vraisemblable et du faux, sont de plus en plus floues et difficiles à tracer. Albert Jacquard, à côté de qui, oui, je pose fièrement, est peut-être finalement revenu d’outre-tombe pour nous rappeler le défi auquel la modernité nous confronte désormais, celui de distinguer le bon grain de l’ivraie, celui de ne pas laisser mourir dans la statistique et le consommable les derniers fragments de notre humanité.

Les nouveaux puritains

Ils ne sont ni croyants ni curés, ils ne reviennent d’aucun Moyen-Âge et ignorent tout du XIXème siècle et de ses pudibonderies, mais ils ont décidé de faire la pluie et le beau temps, repoussant le moindre nuage qui viendrait assombrir les territoires de la moralité. Ils sont Charlie, mais dans les limites du bon goût, celui qu’ils ont défini, et qu’ils entendent imposer à l’ensemble de la société. Ils sont jeunes, intelligents et supra branchés, pourtant ce sont les nouveaux puritains.

Bien qu’élevés à la porno pour la plupart d’entre eux, la simple vue d’un sein suffit à faire bondir ces jansénistes des temps modernes. Pire, la seule évocation du saint-mamelon suffit à les faire rougir et à les ériger. Et quand un publicitaire réussit à suggérer avec délicatesse une coupe de vin en trompe l’oeil grâce à la fermeture éclair d’un gilet qui ouvre prudemment sur une camisole moulant à peine une poitrine si informe qu’un prisonnier en permission passerait son chemin, ils s’agitent le deux point zéro et hurlent en choeur à l’infamie. Ils sont sur Facebook et ils s’y sentent bien, influents, et courageux, à l’abri du moindre dérapage puisqu’on y interdit formellement tout autant la chatoyante Origine du monde de Courbet qu’un portrait de Bea Arthur toutes boules pendantes, même s’il s’est vendu la peau des fesses chez Christies. Et quand nos vertueux font exception à leurs propres règles et tolèrent le mammaire, c’est pour crier avec les Femen qu’il faut voir dans la poitrine des femmes bien autre chose que de simples seins. Comprenne qui voudra.

C’est peut-être un hasard, mais les nouveaux propriétaires de la vertu semblent avoir pour la fonction nourricière une anxiété toute particulière puisqu’en plus d’enfiler avec excès le « corset moral » dont parlait Flaubert, c’est aussi sur les restaurants que s’abat le courroux de nos austères. Ainsi, plutôt que de lever les yeux au ciel comme l’humanité a coutume de le faire quand le bon goût a oublié de mettre son cadran, les chantres du bien et du bon se sont plutôt livrés à une campagne de salissage hors du commun envers un steakhouse qui, en manque de superlatif pour vendre sa camelote, a choisi de se déhancher le pamphlet avec maladresse. C’était sans plus mauvaise intention qu’un oncle éméché ou qu’un humoriste un peu cave, de son propre aveu.
Pire, c’est dans le délicat quartier d’Hochelaga qu’une sandwicherie a vu sa vitrine se faire vandaliser sous prétexte que son nom, La mâle bouffe, excluait l’autre moitié de notre bipédité. J’ai lu ça dans Elle, et j’en n’ai pas fait un plat. Enfin, pour couronner le festin des apôtres de la rectitude, J’ai bien cru que la fromagerie Hamel avait épilé L’origine du monde quand j’ai vu mon réseau social s’énerver le poil des jambes devant une publicité représentant une simple chaussure à talons haut, interdite de prendre son pied.

Cette rectitude morale, étrange survivance des couvents et des monastères de jadis, ses défendeurs ne se contentent pas de l’encourager, ils entendent bien l’imposer. Ainsi, non contents de suggérer un puritanisme des plus poussiéreux, c’est à grands coups de pétitions qu’ils entendent désormais mener le monde. Ils se sont donc octroyé le droit de penser à ma place, surtout de bien-penser à ma place. Non, il ne fallait pas que j’écoute ce rappeur barbu impertinent qui tenait des propos par eux condamnés avant même que j’eusse la chance de me faire ma propre idée. Et quand il s’est agit de vouloir interdire cet autre croisé illuminé de prendre la parole devant trente-neuf personnes dans un hôtel miteux de notre sainte cité, le bruit fut tel qu’il en repartit triomphant, avec la notoriété de Barack Obama.

Mais qui sont-ils ces nouveaux puritains? Ces empêcheurs de penser en rond, en triangle, ou en double file? Quel est leur projet? Supprimer les cons de la surface du globe? Recouvrir d’une burka morale la ville et le monde? Formater une pensée unique par eux validée? On cherche désespérément Charlie, et on implorerait presque Wolinski de revenir, ne serait-ce qu’un moment, le temps de croquer un dernier cul, pour leur montrer où on se la met, leur morale.

Inédit: entrevue avec Jean Tremblay, maire de Saguenay

Malgré une amitié encore en construction, j’ai accepté de répondre à plusieurs questions de l’honorable maire de Saguenay, Monsieur Jean Tremblay. Entrevue.

Jean Tremblay: Ça veut dire quoi créer de la richesse?
Étienne Savignac: Bonjour Jean. Bisou? Pas bisou, d’accord. C’est une bonne question, et je vous remercie de me l’avoir posée. Voyez-vous, il faudrait d’abord définir la richesse. Vous permettez? La richesse, c’est compliqué, et il se peut que vous ne saisissiez pas l’entièreté de mon propos, mais c’est pas grave. La richesse représente une accumulation de biens, et en soi, personne ne peut être contre puisque l’abondance est réjouissance, mon bien cher frère. Ce qui est important, c’est le destin qu’on réserve au magot. Si comme Platon vous avez la conviction que la richesse doit être répartie entre tous, vous créez de la richesse. Platon? Un ancien quart arrière, c’est pas important. En revanche, si vous pensez comme Aristote que la richesse doit récompenser l’effort, vous créez, en plus de la richesse, de la pauvreté. C’est un peu ce modèle qui s’applique dans la société dans laquelle nous vivons.

J.T: Pourquoi préciser: La société dans laquelle nous vivons? Y en a_t_il une autre?
E.S: Il y en a plein d’autres, Jean, vous savez. Connaissez-vous Les Chimbas? Non? Ils vivent nus, entre la Namibie et l’Angola, soit à un peu à l’est de Jonquière, et ils se teignent la peau en rouge. Et bien vous savez quoi? Leurs maisons sont faites de feuilles de palmiers et d’excréments de vaches. La plupart des hommes Chimbas se défoncent la gueule en mâchant des feuilles drôles, puis entreprennent leurs épouses sans la délicatesse qui leur serait due. En dépit de plusieurs points communs avec vous (ils font pipi debout, ils ignorent tout d’Aristote, et leur activité principale, outre se dépouiller, réside en un dialogue curieux avec l’éternel), oui en dépit de ces points qui vous rassemblent, ils vivent, je crois, dans une société dans laquelle nous ne vivons pas.

J.T: Ça vient d’où l’argent neuf?
E.S: C’est une question piège. J’aurais dû m’y attendre, j’ai bien vu que le Chimbas vous était resté en travers de la gorge. Si vous ne vous étiez pas adressé directement à moi, j’aurais tout d’un coup eu comme un vertige, en me disant: coudonc, il est maire d’une grande ville, et il ne sait pas c’est quoi créer de la richesse, et pire, il ne sait même pas comment l’argent se met en circulation dans une économie moderne? J’ai eu un peu peur!

J.T: On fait quoi pour changer de mode?
E.S: Si vous parlez des fameux modes, de ces modes à la modes, je dis attention: ne vous laissez pas influencer, ne vous laissez pas tourner le bouton. Tourner le bouton, être en fonction, fuir le vide. Rien ne doit s’intercaler entre le rinçage et l’essorage, pas de flottement, pas d’imprécision. Être en mode, en mode à tout prix. En revanche, Si vous voulez parler du seyant gilet brun qui tombe délicatement sur vos épaules à la courbure à la fois douce et robuste, sage et folle, ferme et coquette, je vous dirais: ne changez rien Jean, la chienne à Jacques n’a qu’à bien se tenir.

J.T: Qu’est-ce qu’il fait le ministre de l’occupation du territoire?
E.S: Du peu que je sais, il me semble que c’est le ministre chargé de l’administration et du développement des municipalités. En d’autres termes, c’est votre patron. Pas celui sur la croix, l’autre.

J.T: Comment écrit-t-on Sotchi? Sochi?
E.S: Rio.

J.T: Ça veut dire quoi ¨ Les vraies affaires¨?
E.S: S’occuper des vraies affaires, c’est être capable de distinguer l’essentiel du superflu, et d’en faire sa priorité. Par exemple, il s’agirait pour un maire de travailler sans relâche au développement économique, social et culturel de sa ville plutôt que de passer des heures interminables, payées par les contribuables,  à se minoucher le divin, à s’incanter sur Facebook et écrire des visions d’avenir telles que, par exemple, :  » je me plais à regarder tous ces oiseaux qui viennent nous visiter le printemps et que mon épouse nourrit grâce aux aliments qu’elle achète chez Walmart. »

J.T: Que s’est-il passé dans le dossier de Ferroatlantica?
E.S: On ne peut pas être au four, au moulin, et au confessionnal à la fois, mon bon Jean. Et bien, pendant que vous caressiez la grâce et frenchiez la nature d’un printemps retrouvé, Ferroatlantica choisissait Port Cartier plutôt que Saguenay pour y implanter sa nouvelle usine et créer près de 350 emplois.

J.T: Pourquoi attribue-t-on autant de valeur au diamant?
E.S: Moi aussi je changerais du sujet, je vous comprends, Frère Jean.

J.T: Qu’est-ce qu’on faisait avant la tablette et le tel. Cell?
E.S: Soupir…

J.T: The head of the Catholic Church is Pope Benedict XVI, other religions who is the leader?
E.S: Amen, Jean. Amen.

Répondez, vous aussi, aux questions existentielles de Jean Tremblay, elles sont toutes malheureusement réelles et disponibles sur sa page Facebook.

 

24 heures sur Facebook

J’étais en train de consulter les dix-neuf plus belles photos de l’histoire étonnante du bikini à travers les époques quand une interrogation m’envahit soudainement: est-ce que les visages symétriques sont vraiment les plus beaux? S’il est vrai que le salage des routes écourte – et il faut s’en inquiéter – la vie des papillons, il est de plus en plus courant de voir un cochon s’évader de son camion. Par contre, il existe au moins cinq moyens de protéger l’océan grâce au surf, ce qui n’est pas une mince affaire.

Il va de soi que les rats aussi peuvent avoir des regrets. Pourtant, il apparait se confirmer que dormir avec son animal domestique n’est pas une très bonne idée. C’est dommage, surtout quand on voit que les chimpanzés sont bien meilleurs que les humains à certains jeux vidéos, et même si l’autre jour deux personnes ont perdu la vie à cause d’un cellulaire échappé dans les toilettes, il est tout de même préoccupant de toujours se demander si ces photos du iPhone 6 sont bien réelles.

Quoi qu’il en soit, puisque certains chiens savent jouer à rapporter la balle tout seul, il est bien normal que Justin Bieber ait fait le choix de recevoir le baptême dans une baignoire, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Rocco Siffredi annonce courageusement qu’il arrête le sexe pour encourager l’équipe nationale italienne pendant la Coupe du Monde. Cependant, il serait farfelu de se réjouir trop vite: oui, le sauvetage spectaculaire de huit chiots en Turquie permet peut-être de retrouver le sourire, mais il ne faut pas perdre de vue qu’on est toujours à la recherche de réponses sensées quand il s’agit de faire taire un groupe de femmes surexcitées.

Tout cela n’est pas sans rappeler ces grands affrontements entre chats et chiens, hélas.

Pourtant, comment rester indifférent devant l’insupportable? Comment rester indifférent devant cette bouleversante série de photos de centres commerciaux abandonnés? Comment, sinon en cessant de danser sans fin au bord du bain?

Il a 31 ans, elle en a 91, et ils s’aiment d’amour. On sous-estime beaucoup la beauté de l’Alzheimer, de toute façon, et Dieu merci, ces 29 meilleurs récipients pour la polenta remettent un peu les choses en perspective, d’autant plus qu’il ne suffit pas de filmer des personnes en train de brûler vives dans une auto accidentée au lieu de les aider pour penser autrement. Et puis sincèrement, il y a suffisamment de documentation disponible pour affirmer hors de tout doute que d’aucuns sont d’une grande laideur au moment d’éternuer.

Pourtant, il conviendra d’être prudent avant de juger sans recul une fausse Ginette Reno chantant l’hymne national sur un taureau mécanique. Certes, certains vont jusqu’à modifier des photos de chiens abandonnés pour faciliter leur adoption, mais il faut toutefois raison garder et se souvenir que d’autres, sans légèreté, n’ont pas hésité à porter des talons hauts amovibles pendant qu’ils filmaient l’intérieur de leur lave-vaisselle en marche, en robe de mariée, et en haute-définition. Si on exclut la jeune fille la plus poilue au monde, on se doute bien que la plupart des voitures de rêve ne verront jamais le jour.

Finalement, je me permets de vous recommander la lecture de ce petit guide pour savoir comment flatter les animaux, lecture qui ne devrait pas s’avérer inutile quand viendra le moment de dessiner des sourcils amusants sur les photos de vos bébés. De toute façon, seul le sauvetage par un chat d’un enfant attaqué par un chien (et pas le contraire) peut justifier que des animaux mignons célèbrent Pâques avec des jeunes filles qui ont expérimenté plus que quiconque les vertus des cheveux courts.

À nos cerveaux, je souhaite bonne chance.

Kamikaze

Depuis octobre dernier, l’émission Plus on est de fous, plus on lit! de Radio-Canada a entrepris la construction d’un abécédaire canadien du féminisme, associant chaque lettre de l’alphabet à un ou plusieurs mots en lien avec le combat des femmes. Des invitées se prêtent au jeu en proposant des mots marquants. La semaine dernière, on a confié la lettre K à Judith Lussier, et elle a proposé le mot kamikaze pour illustrer la difficulté d’exprimer le regard féministe sur Internet sans recevoir systématiquement des messages agressifs et haineux. Elle précise que selon une étude du Pew Research Center, les femmes recevraient cent messages haineux contre six pour les hommes. Aussi éloquent que décourageant.

– Chérie, c’est effrayant, j’en conviens, mais il est tout aussi kamikaze de tenter de débattre le point féministe, regarde l’ami Henrard, plus coupable de maladresse que de haine, torturé sans ménagements pendant huit jours, on peut en parler aussi non, de ces abus-là?

– Va pas là mon amour, je veux qu’on passe une belle semaine.

– Comment ça, va pas là?

– Une féministe déteste, avec raison, qu’on lui dise de se taire!

– Ah mais je veux pas lui dire de se taire, je veux juste lui demander de gueuler moins fort! Je suis pas sourd, bordel!

– Une féministe déteste aussi qu’on lui dise comment faire, trésor.

– Donc je peux rien dire?

– Parle donc d’autre chose.

– Wow, je DÉTESTE qu’on me dise de me taire! Moi aussi j’ai des choses à dire, tu sauras! D’abord, Pascal Henrard n’est pas un monstre et le traitement à son endroit était injuste et disproportionné. Ensuite, une femme a-t’elle jamais couru le 100m en dessous de 10 secondes? Jamais. Nelson Mandela, c’était une femme? Non plus. On a des plus gros salaires? Évidemment, on prend plus de risques, à cause de notre testostérone, ça nous rend compétitifs, audacieux, magnifiques. Par contre quand on tombe, on tombe de plus haut, pis on se fait plus mal, pis ça on n’en parle pas hein!  Et Carey Price? c’est une femme Carey Price?

– Peux-tu gueuler moins fort?

– AH! Tu vois que c’est désagréable!

– On tourne en rond chéri, va prendre ta douche.

– Est-ce que tu viens de me pogner une fesse?

– C’était affectueux. Va te laver.

– T’expliqueras ça au juge.

– Tu m’énerves.

– Féministe.

– Crétin.

– …

– …

– Je publie ça?

– Tu veux publier quoi? Nos bavardages stériles?

– Ben quoi, c’est dans l’air du temps, non?

 

Pierrot, l’ensemble de l’oeuvre

Bonjour, bonne année. As-salâm ‘aleïkoum. Je sais, je suis en retard pour les voeux, mais je m’étais dit que je ne reviendrais seulement que quand on aurait fini de s’encharter le chignon. La semaine dernière j’ai failli venir chiller avec vous et les Pineault-Caron, mais finalement je préfère laisser les médecins se prononcer. À eux comme à vous, la santé surtout.

Lundi, j’ai failli sortir pour lécher les plaies de Lucian Bute, l’idole paralysée aux bras muets injectés de doute. Mais j’ai eu peur d’avoir la communauté haïtienne sur le dos en affirmant que c’est encore Froch qui l’a emporté samedi. À deux doigts de décréter que les Anglais sont tous des voyous, je me suis retenu l’abus, et je suis allé lire Foglia à la place, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps, convaincu qu’il avait lâché la charte depuis un boutte et qu’il avait un bon vieux fromage de son coin à me recommander.

Mais c’est dans la charte jusqu’au cou que j’ai retrouvé Pierrot le typographe ce matin, dans un texte intitulé le débat, un texte qui sentait aussi fort que les fromages de son coin.

Et Pépère la virgule, dans un récit noir et blanc légèrement sépia, de nous raconter encore son enfance antédiluvienne de fils d’immigrant digne et vaillant, parce que c’était dont mieux avant. Et de nous dire qu’en ce temps-là, un immigrant, c’était un invité, et qu’un invité, « c’est quelqu’un qui ferme sa gueule et qui dit merci ». Immédiatement j’ai remercié le ciel et les dieux de la chronique que Pierrot ne se soit pas imposé son propre dogme, lui qui la ramène toutes les semaines depuis des décennies sur une terre qui ne lui a pas dit « tais-toi » à la descente du bateau (les avions n’existaient pas encore).

Auto-protégé par un peu habile « je vais me faire traiter de raciste », Pèpère surenchérit:

« On a beau dire que le problème, c’est pas les musulmans… Un peu, quand même. Ce serait moins compliqué avec des Polonais et des Italiens. Le problème avec les musulmans, c’est qu’ils sont beaucoup plus musulmans que les chrétiens ne sont chrétiens. On a un Jean Tremblay à Saguenay. Ils ont 243 millions de Mohamed Tremblay un peu partout. »

Juste assez pour me faire sortir de mon hiver.

Est-ce que c’était raciste? Ça prendrait bien du temps, bien de la bière, et bien de la mauvaise foi pour en débattre, et on en déboucherait, à coup sûr, sur rien. Cependant, dans le climat actuel, une chose est certaine: c’était crétin, Pierrot. Une chance que j’ai lu mille et un textes magnifiques et humanistes de Foglia depuis 243 ans pour m’imposer ce constat sage je crois: Pépère a l’air de dieudonniser, mais je ne pense pas que ce soit très grave. Au pire il pineault-caronnise d’ennui, au mieux, du lit à la fenêtre, et puis du lit au fauteuil, il vieux-connise, rien de plus.

Je les aime moi les vieux. On leur doit beaucoup, et on leur rend si peu. L’an dernier, ma mamy de quatre-vingt sept ans est tombée, et  elle m’a foutu la trouille. J’avais écrit un petit texte sur elle, et vers la fin ça disait ça:

« Mamy, elle sent le pipi, mais elle a gagné la guerre. Mamy, elle a eu vingt ans, et des seins à faire perdre la raison. Mamy, dans ce monde devenu fou, elle tombe pour nous dire qu’aussi absurdes ou grandioses puissent être nos rêves, minables ou luxueuses nos maisons, idiotes ou rentables nos prétentions, jamais, jamais tout cela n’aurait existé sans elle. Et pour ça, juste pour ça, elle nous invite à venir faire un petit tour de temps en temps, histoire de voir si des fois, elle ne serait pas tombée. »

Salam Pépère, je vais continuer à venir faire mon tour de temps en temps.