Inédit: entrevue avec Jean Tremblay, maire de Saguenay


Malgré une amitié encore en construction, j’ai accepté de répondre à plusieurs questions de l’honorable maire de Saguenay, Monsieur Jean Tremblay. Entrevue.

Jean Tremblay: Ça veut dire quoi créer de la richesse?
Étienne Savignac: Bonjour Jean. Bisou? Pas bisou, d’accord. C’est une bonne question, et je vous remercie de me l’avoir posée. Voyez-vous, il faudrait d’abord définir la richesse. Vous permettez? La richesse, c’est compliqué, et il se peut que vous ne saisissiez pas l’entièreté de mon propos, mais c’est pas grave. La richesse représente une accumulation de biens, et en soi, personne ne peut être contre puisque l’abondance est réjouissance, mon bien cher frère. Ce qui est important, c’est le destin qu’on réserve au magot. Si comme Platon vous avez la conviction que la richesse doit être répartie entre tous, vous créez de la richesse. Platon? Un ancien quart arrière, c’est pas important. En revanche, si vous pensez comme Aristote que la richesse doit récompenser l’effort, vous créez, en plus de la richesse, de la pauvreté. C’est un peu ce modèle qui s’applique dans la société dans laquelle nous vivons.

J.T: Pourquoi préciser: La société dans laquelle nous vivons? Y en a_t_il une autre?
E.S: Il y en a plein d’autres, Jean, vous savez. Connaissez-vous Les Chimbas? Non? Ils vivent nus, entre la Namibie et l’Angola, soit à un peu à l’est de Jonquière, et ils se teignent la peau en rouge. Et bien vous savez quoi? Leurs maisons sont faites de feuilles de palmiers et d’excréments de vaches. La plupart des hommes Chimbas se défoncent la gueule en mâchant des feuilles drôles, puis entreprennent leurs épouses sans la délicatesse qui leur serait due. En dépit de plusieurs points communs avec vous (ils font pipi debout, ils ignorent tout d’Aristote, et leur activité principale, outre se dépouiller, réside en un dialogue curieux avec l’éternel), oui en dépit de ces points qui vous rassemblent, ils vivent, je crois, dans une société dans laquelle nous ne vivons pas.

J.T: Ça vient d’où l’argent neuf?
E.S: C’est une question piège. J’aurais dû m’y attendre, j’ai bien vu que le Chimbas vous était resté en travers de la gorge. Si vous ne vous étiez pas adressé directement à moi, j’aurais tout d’un coup eu comme un vertige, en me disant: coudonc, il est maire d’une grande ville, et il ne sait pas c’est quoi créer de la richesse, et pire, il ne sait même pas comment l’argent se met en circulation dans une économie moderne? J’ai eu un peu peur!

J.T: On fait quoi pour changer de mode?
E.S: Si vous parlez des fameux modes, de ces modes à la modes, je dis attention: ne vous laissez pas influencer, ne vous laissez pas tourner le bouton. Tourner le bouton, être en fonction, fuir le vide. Rien ne doit s’intercaler entre le rinçage et l’essorage, pas de flottement, pas d’imprécision. Être en mode, en mode à tout prix. En revanche, Si vous voulez parler du seyant gilet brun qui tombe délicatement sur vos épaules à la courbure à la fois douce et robuste, sage et folle, ferme et coquette, je vous dirais: ne changez rien Jean, la chienne à Jacques n’a qu’à bien se tenir.

J.T: Qu’est-ce qu’il fait le ministre de l’occupation du territoire?
E.S: Du peu que je sais, il me semble que c’est le ministre chargé de l’administration et du développement des municipalités. En d’autres termes, c’est votre patron. Pas celui sur la croix, l’autre.

J.T: Comment écrit-t-on Sotchi? Sochi?
E.S: Rio.

J.T: Ça veut dire quoi ¨ Les vraies affaires¨?
E.S: S’occuper des vraies affaires, c’est être capable de distinguer l’essentiel du superflu, et d’en faire sa priorité. Par exemple, il s’agirait pour un maire de travailler sans relâche au développement économique, social et culturel de sa ville plutôt que de passer des heures interminables, payées par les contribuables,  à se minoucher le divin, à s’incanter sur Facebook et écrire des visions d’avenir telles que, par exemple, :  » je me plais à regarder tous ces oiseaux qui viennent nous visiter le printemps et que mon épouse nourrit grâce aux aliments qu’elle achète chez Walmart. »

J.T: Que s’est-il passé dans le dossier de Ferroatlantica?
E.S: On ne peut pas être au four, au moulin, et au confessionnal à la fois, mon bon Jean. Et bien, pendant que vous caressiez la grâce et frenchiez la nature d’un printemps retrouvé, Ferroatlantica choisissait Port Cartier plutôt que Saguenay pour y implanter sa nouvelle usine et créer près de 350 emplois.

J.T: Pourquoi attribue-t-on autant de valeur au diamant?
E.S: Moi aussi je changerais du sujet, je vous comprends, Frère Jean.

J.T: Qu’est-ce qu’on faisait avant la tablette et le tel. Cell?
E.S: Soupir…

J.T: The head of the Catholic Church is Pope Benedict XVI, other religions who is the leader?
E.S: Amen, Jean. Amen.

Répondez, vous aussi, aux questions existentielles de Jean Tremblay, elles sont toutes malheureusement réelles et disponibles sur sa page Facebook.

 

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