Et dire que Cantat nous lit …

À la quantité formidable de littérature produite depuis plusieurs semaines sur l’affaire Cantat-TNM, j’ai cessé ma réflexion. Tout et son contraire a été exprimé et, comme prévu, la vérité ne s’en porte pas mieux parce qu’elle est ailleurs.

Mais cette dernière interrogation :

Jusqu’où peut aller le rejet d’un homme, quel qu’il soit ? Comment peut-on vivre en recevant trop de haine, sans espoir de sortie ? Dans ma rue, dans mon pays, au bout du monde ?

Comment vivrons-nous, nous, responsables invisibles et injugeables, quand il se sera pendu ?

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Cantat à Montréal : des commentaires sur les commentaires, jusqu’en France

Le site de l’émission de télé française Arrêt sur images fait largement le point sur la polémique provoquée par l’annonce de la venue de Bertrand Cantat au TNM l’an prochain :
http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=10811

Quand Bertrand Cantat me confronte

 

Depuis l’annonce, hier, de la venue de Bertrand Cantat au TNM la saison prochaine, le Québec participatif est en émoi.

De ceux payés pour le faire à ceux qui aimeraient l’être, chacun y va de son commentaire assumé et définitif.

Pour autant, la profusion n’est pas garante de diversité, et on ne lit ni entend rien de bien nouveau. La panoplie des postures est assez limitée.


Posture émotivo-rancunière :

Il a tué une femme, maudit chien sâle, il  n’a plus le droit de se faire applaudir jamais. Dérives possibles : récupération féministe malsaine, négation du système judiciaire, rejet de la réintégration, excès de langage.

Posture pragmatico-pardonnante :

Il a payé sa dette par la prison, et si on croit en la justice et la démocratie, on doit lui permettre de se réintégrer dans la société. Dérives possibles : banalisation de la violence faite aux femmes, affaiblissement du devoir de mémoire, idéalisation.

 

Certains futés mélangeront les deux et opteront pour la posture émotivo-rancuno-pragmatico-pardonnante, que j’appelerais plutôt l’approche pas dans ma cour : il a tué, il a payé, il peut être réabilité, je suis ouvert, mais ne me demandez pas d’y participer. Angle le plus lâche si vous voulez mon avis. C’était l’angle dominant dans les médias aujourd’hui.

Et moi ? c’est pas plus simple que  pour vous, je vous rassure. Sauf que je vais assumer que ce ne soit pas simple, et je ne tenterai pas de m’en sortir facilement.

Ce qui nous heurte le plus dans cette histoire, c’est la morale. Et la morale, c’est moi, c’est toi, c’est l’intime. Accepter le retour de Bertrand Cantat revient, dans nos cerveaux trop occupés, à justifier, excuser, pardonner. Insupportable, moralement, intimement.

Bânir nous préserve de cela, mais on sait, au fond de nous, qu’on a alors un peu abrégé la reflexion.

Bref, on s’aperçoit rapidement qu’on ne s’en sort pas facilement, que les réactions émotives et tranchées n’ont de valeur qu’à conforter celles et ceux qui les émettent dans une idée de monde qui les rassure, et que les réactions pseudos-ouvertes ne sont que le reflet du besoin de sauvegarder la morale tout en signifiant une fausse générosité auto-satisfaisante.

Alors moi, je me dois bien évidemment de me positionner, puisque je me permet ces observations.

L’affaire Bertrand Cantat, c’est le 11 septembre. C’est trop gros pour moi. Chacune de mes pensées, aussi travaillée soit-elle, arrive à ce même constat. C’est du malheur par dessus le tragique, c’est au dessus de l’humain, ce n’est pas à ma portée.

Cette histoire me confronte en tant qu’humain, en tant qu’homme, et mon honnêteté intime à moi, c’est justement de ne pas choisir de posture afin d’assumer cette confrontation.

 

J’ai aujourd’hui l’âge qu’avait Bertrand Cantat un mois avant que tout cela n’arrive.