Chercher le barbare

Cet essai a été publié dans le No 61 de la revue l’Inconvénient:

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Dans une entrevue accordée quelque temps avant la sortie de Soumission et les attentats de Paris, Michel Houellebecq évoquait sans grande hésitation la « destruction de la philosophie issue du siècle des Lumières ». Il appuyait son propos en soulignant l’excellente santé des religions monothéistes et déclarait par là même la mort de l’athéisme et de la laïcité. Il se définit d’ailleurs désormais comme un agnostique, son athéisme n’ayant « pas vraiment résisté à la succession de morts qu’il ait connu ». L’affirmation de Houellebecq est ambitieuse, mais elle ne semble pas démentie par un début de millénaire qui, depuis le 11 septembre 2001, témoigne de l’échec de la raison sur le divin. En cette période incertaine, en cette fin d’époque annoncée où l’on voit un monde qui meurt tandis que le nouveau peine à naître, on pense volontiers à Gramsci, qui constatait que « pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ». En effet, les revers que subit une laïcité de plus en plus malmenée entraînent des réactions vives chez ses défenseurs et une confusion générale, souvent malveillante, entre athéisme, laïcité et origine culturelle. Ainsi se libère une parole troublante, inédite pour notre génération, qui semble signifier une autre fin d’époque, celle du tabou qui protégeait l’Occident, depuis la découverte des camps de la mort, contre la diabolisation des groupes religieux, ethniques ou culturels.

Si la philosophie des Lumières a permis le triomphe du raisonnable sur le religieux, particulièrement grâce au savoir qui est source de démystification, ses valeurs essentielles, qu’on retrouve dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis ou dans la déclaration des droits de l’homme de la Révolution française, mettent de l’avant la liberté, l’égalité et la tolérance, qui sont les socles de nos démocraties depuis plus de deux siècles. Si ces valeurs n’ont pas permis d’éviter des conflits terribles comme les deux grandes guerres, elles ont tout de même ouvert la voie à la naissance de sociétés plus égalitaires, et elles ont alimenté les grandes luttes contre les injustices, particulièrement raciales (ségrégation des noirs en Amérique, Apartheid, etc.). Il est alors difficile de s’opposer à Houellebecq lorsqu’il décrète la fin des Lumières. On ne peut en effet contester le retour du religieux, ne serait-ce que sous sa forme la plus violente, et on ne peut qu’observer un recul des valeurs humanistes qui nous animaient depuis deux siècles. La multiplication des assassinats de Noirs Américains par des policiers aux États-Unis, affaires pour la plupart classées sans suite, démontre que l’héritage de Luther King et de Malcom X s’étiole irrémédiablement et dans une relative indifférence.

Le recul des valeurs universelles qui placent tous les êtres humains sur un pied d’égalité laisse poindre le retour de xénophobies confuses et décomplexées.  L’épisode pathétique d’Hérouxville a démontré que la modernité n’est pas forcément gage de progrès, et il a ramené à notre souvenir le fait que l’homme dépourvu d’éducation a tendance à se complaire dans une certaine noirceur, laquelle s’illustre souvent hélas par une xénophobie primaire. En revanche, et c’est sans doute le plus préoccupant, nous assistons aujourd’hui, tant au Québec que dans tout l’Occident, à la libération d’une parole dévoyée, inquiétante, jusqu’ici retenue, tantôt politique, tantôt journalistique, tantôt sociologique, qui n’est pas sans faire écho à la période ayant précédé les deux grandes catastrophes européennes, période pendant laquelle on tentait de définir la pureté du peuple en même temps qu’on identifiait le bouc émissaire d’une société en crise. En appelant Zola à la rescousse, on réalise que si d’aucuns ont parfois abusé des comparaisons définitives, notre époque et la sienne présentent des ressemblances évidentes : « Depuis quelques années, je suis la campagne qu’on essaie de faire en France contre les Juifs, avec une surprise et un dégoût croissants. Cela m’a l’air d’une monstruosité, j’entends une chose en dehors de tout bon sens, de toute vérité et de toute justice, une chose sotte et aveugle qui nous ramènerait à des siècles en arrière, une chose enfin qui aboutirait à la pire des abominations, une persécution religieuse, ensanglantant toutes les patries. » Il ne s’agit pas de superposer ces deux époques, sans nuances ni distinctions de contexte, mais de s’interroger sur la portée d’expressions décomplexées, comme celle d’un « problème de l’Islam » qu’a avancée l’académicien Alain Finkielkraut et dénoncée le journaliste Edwy Plenel, vision qu’on voit relayée au Québec par le sociologue Mathieu Bock-Côté. Une expression qui fait écho au « problème Juif » dont on dissertait sans gêne dans l’Europe de la fin du XIXème siècle, et qui inquiétait tant Zola.

Face à la menace terroriste, qui constitue une réalité en Occident, des postures de repli identitaire se mettent en place, et une parole de régression consternante les accompagne. Pendant qu’en France ce repli s’alimente à la crise économique (réflexe classique), au choc qui a suivi les attentats de Paris, ainsi qu’aux cicatrices béantes du post-colonialisme, certaines voix au Québec tentent d’importer frauduleusement des tensions européennes qui nous sont en tous points étrangères, et ce particulièrement depuis 2013 et les débats entourant la charte des valeurs. Il faut méconnaître avec force les complexités, les fragilités, les souffrances françaises et leurs racines profondes pour importer ici un discours non seulement inapproprié, mais qui porte en lui les germes de la guerre qu’on prétend vouloir éviter. Dans une société harmonieuse comme la nôtre, à peine dérangée par quelques ajustements que les travaux de Bouchard et Taylor ont bien décrits, on cherche à exploiter les tensions internationales, à agiter les épouvantails malhonnêtes de la perte d’identité au profit d’un envahisseur imaginaire, contre lequel on s’autorise à commettre de plus en plus de gestes hostiles. Ainsi réduit-on les personnes de culture musulmane à l’Islam, lequel est lui-même réduit à l’intégrisme islamique et au terrorisme. Autant de raccourcis et de sophismes vicieux et insupportables, rendus possibles par ce qui me semble correspondre à la fin d’un certain tabou de l’Holocauste. Après la découverte des camps, l’humanité avait compris que les mots comptent, que les mots prononcés dans le contexte de l’affaire Dreyfus et de la montée lente du nazisme recélaient en eux la monstruosité que personne n’osait alors imaginer. Une précaution de mémoire qui laissait croire que nous avions compris avec Hannah Arendt que « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ». Or, les agendas politiques des uns et des autres semblent avoir eu raison de ce qu’on croyait immuable, et la mémoire du pire n’empêche plus désormais la diabolisation d’un peuple, à toutes fins utiles.

Ainsi, de plus en plus de voix publiques adoptent la posture malhonnête de la xénophobiguité. Il s’agit par là de tenir des propos qui ne peuvent être considérés comme racistes ou xénophobes, mais dont les auteurs savent que l’ambigüité résonnera favorablement chez les plus vulnérables comme une autorisation à libérer une parole à l’intolérance crasse. Et cette xénophobiguité s’appuie sur une confusion savamment entretenue entre laïcité, athéisme et origine culturelle, confusion habile qui permet d’accuser et de rendre coupable l’ensemble des Musulmans de crimes et de délits qui leur sont étrangers, et auxquels on les associe par les seuls liens d’appartenance de croyance ou d’origine, alors qu’ils en sont, et la réalité en est comptable, les premières victimes. Incapables de relever les défis complexes de la compréhension du monde, personnalités politiques, journalistes et chroniqueurs font commerce de ces haines. Ils manipulent avec adresse les amalgames pour conduire l’opinion publique vers une stigmatisation évidente, dont ils se tiennent ensuite à l’écart en protestant avec lâcheté qu’ils n’y sont pour rien. Derrière une certaine érudition et une apparence de rectitude, leur objectif est pourtant clair : en profitant du climat de terreur provoqué par la menace islamiste et par une manipulation adroite des mots et des concepts, il s’agit de réveiller en chacun de nous ce que Brecht appelait la bête immonde, cette hostilité intrinsèque envers l’étranger, de laquelle seule l’éducation peut triompher. Pour les uns, il s’agira de raviver, sur fond de repli identitaire, la flamme souverainiste à travers une laïcité qui exclut ; pour les autres, cette négation de la richesse humaine, cette transformation d’une idée monstrueuse en une opinion légitime, assise sur l’illusion d’un héritage identitaire homogène et fantasmé. Césaire parlait d’un rapetissement des droits de l’homme pour qualifier cette « conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste ». Inventer l’ennemi global, chercher le barbare, encore, au lieu de chercher le fil, le lien, comme si les civilisations n’avaient pas rendez-vous.

Les événements récents d’Ottawa, Paris et Copenhague témoignent que nous traversons une période trouble et dangereuse, puisque des fous de Dieu, probablement devenus fous par la répétition des injures impérialistes occidentales, ont décidé de semer la terreur tant au Moyen-Orient que chez nous. Cette violence totalitaire, dit Plenel, « ne cessera pas mais s’aggravera si nous ne nous élevons pas à la hauteur du défi qu’elle nous lance : affronter les injustices, inégalités, misères et humiliations qui l’ont produite, que ce soit à l’échelle du monde ou de notre pays. Un monde qui accepte que les 1 % les plus riches détiennent bientôt plus de la moitié du patrimoine mondial court à sa perte, c’est-à-dire à cette violence sans fin, sans frontières et sans territoires, qui est la nouvelle figure de la guerre. Et les premiers à le savoir, car ils la subissent depuis si longtemps, ce sont les peuples du monde arabe, de culture majoritairement musulmane ». Et pendant que des pays arabes crient au ciel leur soif de démocratie, des intégristes islamistes proclament, parmi d’autres provocations, son incompatibilité avec l’Islam.

Les processus de généralisation sont les outils bien connus de l’intolérance, et les chemins qui mènent à l’indifférence. La propagation de la suspicion et le repli identitaire ont toujours fait le bonheur des idéologues que trop de différences embarrasse. La philosophie des Lumières nous invitait, par l’acquisition de tous les savoirs, à les apprivoiser et à vaincre nos peurs. Si Houellebecq dit vrai, si le temps des Lumières est désormais révolu, il s’agit peut-être d’une période sombre qui commence pour nous. Une période pendant laquelle, sous l’influence de ceux que l’unité des hommes rebute, nous mènerons la guerre que nous prétendions redouter.  « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel », disait encore Zola. « On les a frappés, injuriés, abreuvés d’injustices et de violences, et rien d’étonnant à ce qu’ils gardent au cœur, même inconsciemment, l’espoir d’une lointaine revanche, la volonté de résister, de se maintenir et de vaincre », ajoutait-il.

Malgré les exigences d’assimilation qui sont en réalité, comme le dit Plenel, une « euphémisation de la disparition », une volonté d’effacement comme autant de refus de l’altérité, « n’accepter l’autre qu’à la condition qu’il ne soit plus lui-même, ne le distinguer que s’il décide de nous ressembler, ne l’admettre que s’il renonce à tout ce qu’il fut », malgré les injonctions de distanciation (#notinmyname), malgré toutes les associations malhonnêtes et les humiliations, les Arabes, les Musulmans de chez nous font preuve de simplicité, d’obligeance et de dignité, quoi qu’en disent les agitateurs d’épouvantails, les parsemeurs de haine. Dans les mots qui suivent, le journaliste Akli Ait Abdallah rappelle que derrière chaque immigrant, au-delà des statistiques et des phobies idiotes, au-delà des froideurs, des insensibilités et des ignorances, il existe un homme, une femme, des travailleurs, des familles de bonne volonté, souvent extirpées du pire. Au moment où j’écris ces lignes, un bateau surchargé de migrants fait naufrage en Méditerranée, et on présume qu’il y aura au moins 700 morts. Au-delà de la tristesse, c’est l’espoir le plus fort, celui que fabrique le désespoir, qui sombre avec ce bateau. Il faut toujours sourire à un immigrant. On ne sait jamais quel miracle ni quelle souffrance se tiennent devant nous.

« Je suis… Je suis, moi, l’immigrant, celui qu’on sélectionne, qu’on accepte, qu’on accueille, qu’on surveille, qu’on ausculte, qu’on évalue, qu’on statistique, qu’on probationne, qu’on quotationne, qu’on modélise, qu’on budgétise, qu’on maindoeuvrise, qu’on légifère, qu’on encode, qu’on certificate et qu’on intègre, qu’on encense, qu’on récompense, qu’on complimenthe, théàlamente, qu’on félicite, qu’on répartit, qu’on ventile et qu’on régionalise, qu’on francise, qu’on laïcise, qu’on civilise, qu’on courtise, qu’on analyse, qu’on supporte, qu’on diabolise, qu’on déprogramme, qu’on condamne, qu’on déradicalise et qu’on blâme, qu’on amalgame, qu’on ethnicise et qu’on racise, qu’on contrôle, qu’on réforme, qu’on limite, qu’on contient, qu’on maîtrise, qu’on endigue, qu’on débat, qu’on renvoie, qu’on déporte, qu’on decâlisse. Je suis, moi, l’immigrant, pourtant qui de douleurs, d’amitiés, de chair et de parole. ».  Akli Ait Abdallah.

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Une pensée pour Martineau

Mon coeur est fébrile ce matin, après la revue de presse. J’ai l’humanisme sensible en ce dimanche d’automne de mars. Je pense à Richard Martineau. J’aurais envie de lui donner un câlin, un hug… J’en ai parlé à ma blonde, elle est fâchée après moi. 

– Tu me niaises?

– Chouchou… me semble que c’est beaucoup non? Vergès, Tout le monde en parle, Twitter, Facebook, le site drôle de la terrasse… tu crois pas qu’on pourrait lui donner un petit répit, déjà qu’il fait pas beau? Et puis c’est dimanche après tout, pour lui aussi…

– Il l’a cherché quand même! Ça fait des années qu’il tire sur tout ce qui bouge, qu’il répand insidieusement une demi-pensée populiste, xénophobe et nauséabonde.

– Chouchou…

– J’ai pas fini! Depuis le temps qu’il stigmatise l’étranger, qu’il humilie le petit, qu’il piétine le faible, qu’il insulte notre intelligence, jour après jour, par des raccourcis mesquins et insidieux, il fallait bien que ça arrive! Et ce mépris envers les étudiants, et cette arrogance permanente, et cette méchanceté, gratuite, déversée chaque jour…

– Je sais tout ça… mais il doit pas passer un très bon week-end, tu crois pas?

– Ah non? Et les Musulmans, hein ? Nos voisins d’en face par exemple, comment tu penses qu’ils se sentent quand ils lisent, à répétition, qu’ils sont une menace pour notre société, pour notre culture, pour nos valeurs, alors qu’ils n’ont qu’une envie : vivre avec nous? Ce ne sont pas des petits messages amusants sur Twitter ou Facebook le temps une fin de semaine qu’ils reçoivent, mais des regards de méfiance, de mépris, de haine, partout, tout le temps…

– T’es vraiment fâchée Chouchou ?

– Oui je suis fâchée! Et puis d’où te vient ce soudain élan de bonté, toi qui, depuis des années, dans à peu près tout ce que tu écris, ne manque pas une occasion, avec raison, de rappeler à quel point ce qu’il écrit est stupide, étroit, sordide, fielleux, hargneux, odieux, pervers et sans-coeur? T’as même écrit qu’il était d’extrême-droite!

– Je sais pas, ça doit être la température… c’est un homme après tout… il fait partie de notre humanité non? Est-ce qu’on doit lui faire ce qu’on lui reproche? Et puis, si on doit, c’est vrai, lutter contre ses idées, c’est peut-être pas une raison pour l’accabler, lui, autant? Il me semble qu’on est nombreux sur son cas depuis un bout, c’est peut-être pour ça qu’il est si rigide, au point de se renfermer dans l’insignifiance… Peut-être qu’il se sent seul ce matin, peut-être qu’il a juste besoin d’un signe, d’un geste, d’une main pour le relever…

– Mais Seigneur, t’es tombé du lit cette nuit ma parole! Le parachute a pas ouvert, c’est ça? Ben coudonc! Donc tu vas écrire un texte à Martineau, un texte d’amitié, de compréhension et d’empathie, c’est ça? C’est bien beau être de gauche, mais y’a des limites à la générosité me semble!

– Je sais pas, je sais plus trop… on va prendre une marche Chouchou?

– Non.

Le mensonge québécois

Burqa, Hijab, Niqab et autres pièces cotonneuses aux noms exotiques envahissent nos médias. Bien plus que nos rues, d’ailleurs. Arpentant Montréal depuis toujours, je me languis de voir une burqa en vrai. Ça doit être impressionnant. Au volume de lectures que j’ai fait récemment sur le sujet, je me dis que je suis malchanceux parce qu’il doit y en avoir plein. Tout plein.

Hey Savignac, arrête de faire de la démagogie, tu le sais très bien que le sujet n’est pas la burqa, mais le niqab. Ah d’accord. Mais arpentant Montréal depuis toujours, je me languis aussi de voir un niqab en vrai. Ça doit être impressionnant, blablabla, blabla, bla.

Rire pour ne pas pleurer.

Oui il y a bel et bien le cas de cette jeune femme au Cégep St-Laurent. C’est indéniable. Un cas. Auquel il est vrai je peux ajouter les vitres du YMCA et un kirpan. Trois cas. Et comme quand on cherche on trouve, on vient de dégoter une garderie à 7 dollars avec enseignement religieux. Quatre.

Nous sommes 7 millions au Québec, et l’invasion musulmano-judaïque se compte sur les doigts d’une main. Allez, deux. Notre société est menacée par la religion, donc. Faut-il qu’on se soit fait toucher le cul assez par nos curés pour avoir atteint un degré de paranoïa aussi avancé ?

Si au moins c’était ça.

Malheureusement l’explication est tellement plus simple, et je crois qu’il faut mettre fin à ce mensonge québécois. Non, notre Québec n’est pas une terre d’accueil. Non, au Québec on ne reçoit pas les bras ouverts. Non, nous ne sommes pas une société ouverte. En vrai, nous n’aimons guère les étrangers. Notre gouvernement nous les impose parce que nous ne faisons pas assez d’enfants, mais si on pouvait choisir, on préfèrerait qu’ils restent chez eux.

Mais ça se dit mal. Alors, on a trouvé un angle. La religion. Fort de notre émancipation récente, on sait de quoi on parle, et on n’en veut plus, de la religion. Et encore moins de celle des autres. Ça c’est mieux, plus propre que de dire va-t-en étranger, tu n’es pas le bienvenu.

Nombre de vous qui allez me lire allez m’invectiver, je n’en ai aucun doute au regard de ce que j’ai pu lire dans les médias, les blogues, ou pu entendre sur les lignes ouvertes. Au pays du concensus mou, pour le coup cette fois on a un concensus dur. Très dur. Il y a unanimité ou presque dans le rejet global d’une quelconque acceptation de l’autre dans sa différence.

Pourtant une partie de mon opinion rejoint la vôtre. Oui une séparation de l’Église et de l’État est nécessaire dans une démocratie moderne. Oui notre société a des règles, et celles-ci s’appliquent à tous. Oui c’est très con de vouloir prier dans une cabane à sucre. Oui, oui oui.

En vérité, rationnellement, froidement, ces quelques cas ne sont le reflet de rien. Ils sont trop peu nombreux. Prenez une calculatrice, prenez 6 abus, reportez-les sur 7 millions et regardez le pourcentage. On ne peut pas parler de problème de société. Pas même de balbutiement de début de problème de société. Votre calculatrice ne vous renverra que des zéros.

Alors pourquoi tout ce bruit ?

Pourquoi la Scientologie, qui détruit des âmes par douzaines ne nous émeut pas ? Pourquoi Raël viole et dépouille sous notre regard amusé (yé-tu drôle hein avec son chignon) ?

Parce qu’on n’aime pas trop ça, nous ici, les étrangers. Mais ça se dit mal.