#patteblanche, ou le défilé des vertueux

L’époque est à la dissociation, c’est dans l’air du temps. Et si l’époque est à la dissociation, c’est parce qu’elle est à la suspicion. Pour se prévaloir du soupçon latent et pour s’angéliser aux yeux d’autrui, il s’agit donc avant tout de rassurer et de montrer patte blanche. On navigue ainsi dans ces eaux un peu troubles, loin de nos principes de justice qui faisaient jusqu’à présent de nous des innocents, jusqu’à preuve du contraire.

Il existe plusieurs techniques de dissociation. Une de mes préférées est celle de l’anticipation, très efficace. Prenez par exemple un couple de chroniqueurs oeuvrant dans un quotidien montréalais à grand tirage. Leur technique est la suivante: tenir à répétition des propos flirtant avec la xénophobie et/ou l’islamophobie, et finir chaque publication ou presque par : « évidemment les bien-pensants vont me traiter de xénophobe et/ou d’slamophobe, dans 3… 2… 1… ». Comme si cette simple anticipation suffisait à s’immuniser, à se dissocier de propos pourtant inacceptables, dégueulasses, et consciemment prononcés. Quoi qu’il en soit, la méthode fonctionne puisqu’elle est même reprise par certaines et certains de leurs collègues.

Si le #dans123 (chaque dissociation mérite son hashtag), si le #dans123 disais-je, place à distance les médiocres de leurs propres insanités, ils ne semblent pas s’en contenter et exigent, à leur tour, que d’autres se dissocient. Mais pas n’importe qui, bien entendu.

Ainsi, suite aux appels au djihad lancés par l’État Islamique depuis quelques mois et suite aux récents événements à St-Jean-Sur-Richelieu et à Ottawa, des voix se sont élevées pour que les Musulmans de partout, s’ils souhaitent être considérés comme fréquentables par nous [sic], dénoncent haut et clair la violence, l’islamisme, le terrorisme, la charria, la burqa, le tralala. Les cons ne se contentent donc plus de se dissocier avec lâcheté de leurs propres réflexions nauséabondes, ils exigent qu’une communauté toute entière, qui n’a rien demandé à personne, rassure son voisin en signifiant qu’elle ne fera pas sauter le quartier.

Une dissociation qui est ici contrainte, inspirée de triste mémoire par le bushisme débile « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » doublé du très faible « Qui ne dit mot consent », et qui a donné naissance au mouvement #notinmyname, hashtagué pour l’occasion.

La dissociation est tellement dans l’air du temps qu’il faut désormais se dissocier de tout, même de Jian Ghomeshi, et encore une fois montrer patte blanche. S’identifier comme un homme parfaitement inoffensif, en espérant qu’il en reste. Ainsi, dans un autre curieux défilé des vertueux, Patrick Lagacé et David Desjardins, dans leurs journaux respectifs, sont venus nous rappeler combien ils étaient des bons gars. L’un en revenant sur les horreurs de l’agression sexuelle et sur ses conséquences, l’autre à travers un ami imaginaire (Tony) aussi grotesque qu’improbable, mas tous les deux dans un #heforshe, un #notinmyname de plus, une espèce d’excuse au monde pour les culs sifflés par d’autres, suivie d’une mise en garde bien sentie sur le respect qui est évidemment dû aux femmes. Rien en tout cas pour nuire au lectorat, bien au contraire.

On me dira qu’on ne fait jamais assez d’éducation en la matière, et je vous répondrai, penaud, que vous avez bien raison, tout en cherchant comment vous convaincre que je suis un bon gars, moi aussi, je vous le jure, malgré des dissociations pas toujours évidentes quand j’omets parfois d’embrasser la vertu et de me distinguer du pire, alors que ça soignerait tellement mon capital sympathie.

Bien des horreurs se produisent dans le monde, ma petite dame, mon bon monsieur, et elles ont lieu sans mon consentement. Sachez que si les choses étaient faites #inmyname, tout un chacun irait en sécurité, on ne travaillerait jamais les lendemains de jours de repos, du Mercurey coulerait au robinet, et Richard Martineau livrerait le journal plutôt que de l’écrire.

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Kamikaze

Depuis octobre dernier, l’émission Plus on est de fous, plus on lit! de Radio-Canada a entrepris la construction d’un abécédaire canadien du féminisme, associant chaque lettre de l’alphabet à un ou plusieurs mots en lien avec le combat des femmes. Des invitées se prêtent au jeu en proposant des mots marquants. La semaine dernière, on a confié la lettre K à Judith Lussier, et elle a proposé le mot kamikaze pour illustrer la difficulté d’exprimer le regard féministe sur Internet sans recevoir systématiquement des messages agressifs et haineux. Elle précise que selon une étude du Pew Research Center, les femmes recevraient cent messages haineux contre six pour les hommes. Aussi éloquent que décourageant.

– Chérie, c’est effrayant, j’en conviens, mais il est tout aussi kamikaze de tenter de débattre le point féministe, regarde l’ami Henrard, plus coupable de maladresse que de haine, torturé sans ménagements pendant huit jours, on peut en parler aussi non, de ces abus-là?

– Va pas là mon amour, je veux qu’on passe une belle semaine.

– Comment ça, va pas là?

– Une féministe déteste, avec raison, qu’on lui dise de se taire!

– Ah mais je veux pas lui dire de se taire, je veux juste lui demander de gueuler moins fort! Je suis pas sourd, bordel!

– Une féministe déteste aussi qu’on lui dise comment faire, trésor.

– Donc je peux rien dire?

– Parle donc d’autre chose.

– Wow, je DÉTESTE qu’on me dise de me taire! Moi aussi j’ai des choses à dire, tu sauras! D’abord, Pascal Henrard n’est pas un monstre et le traitement à son endroit était injuste et disproportionné. Ensuite, une femme a-t’elle jamais couru le 100m en dessous de 10 secondes? Jamais. Nelson Mandela, c’était une femme? Non plus. On a des plus gros salaires? Évidemment, on prend plus de risques, à cause de notre testostérone, ça nous rend compétitifs, audacieux, magnifiques. Par contre quand on tombe, on tombe de plus haut, pis on se fait plus mal, pis ça on n’en parle pas hein!  Et Carey Price? c’est une femme Carey Price?

– Peux-tu gueuler moins fort?

– AH! Tu vois que c’est désagréable!

– On tourne en rond chéri, va prendre ta douche.

– Est-ce que tu viens de me pogner une fesse?

– C’était affectueux. Va te laver.

– T’expliqueras ça au juge.

– Tu m’énerves.

– Féministe.

– Crétin.

– …

– …

– Je publie ça?

– Tu veux publier quoi? Nos bavardages stériles?

– Ben quoi, c’est dans l’air du temps, non?

 

Lâcher prise

Il parait que le texte de Judith Lussier dans Urbania a fait grand bruit. Elle ne portera plus sa petite robe blanc cassé, parce qu’elle a provoqué, dans la rue, des réactions déplaisantes.

Je ne la mets plus parce que j’ai l’impression qu’un memo est passé à l’effet qu’une robe blanc cassé sur une fille blonde donnait l’autorisation aux gars de siffler la fille, toucher la fille, la dévisager, la violer du regard (avec la langue qui sort un peu de la bouche), ou lui faire des compliments déplacés. Je ne me suis pas sentie bien, je n’ai plus jamais remis la robe.

C’est pas rien. D’abord, siffler, c’est vulgaire. C’est ma mère qui m’a appris ça. Toucher une fille par contre, à part la morphine ou un but en fin de prolongation, je ne crois pas qu’il y ait d’instant plus délicieux que celui-là. Cependant, toujours selon ma mère que je ne remercierai jamais assez, il faut son approbation. Et même à une approbation, on préfèrera une invitation, avec frissons et joues roses de préférence. Mieux encore si un petit souper précède le tout. La langue qui sort un peu de la bouche, sauf quand on éprouve, gêné, de la difficulté à dégrafer une brassière neuve, c’est disgracieux, surtout si déjà on sue dessous le nez.

Était-ce une agression? Si oui, c’est pas dans Urbania que ça doit se régler, mais au poste de police le plus proche.

Était-ce une exagération, parce que Judith Lussier ressent, comme moi rue Berry, un sentiment de malaise quand un homme lui signifie, adroitement ou non, un quelconque intérêt à vocation de rapprochement, parce qu’elle sait qu’elle est, à cet instant précis, une déception en devenir puisque les Dieux et les hasards ont orienté sa boussole vers l’autre flanc de la montagne? Si oui, je me dois de la disqualifier, comme je me disqualifie moi-même en pareille circonstance, mais non sans ces quelques précautions d’usage qui devraient éviter d’inutiles bavardages:

J’ai une tendresse toute particulière pour les lesbiennes. Non, pas pour le fantasme improbable de la pornographie, mais pour le bon goût que nous partageons, elles et moi, quand nous trouvons une fille jolie. Pour le bon goût que nous partageons, elles et moi, de demeurer froid devant un homme qui sue dessous le nez dans un chandail trop court, faiblesse touchante de la Lavalloise hétérosexuelle. J’ai, par ailleurs, une amitié indéfectible pour les gays, résistants de longue haleine, combattants infatigables de la bêtise ordinaire. J’ajoute cette petite jalousie devant cet habile évitement de la princesse et du syndrome pré-menstruel.

J’ai le ton léger, mais à la vérité j’ai l’âme à la déprime, et comme une envie de lâcher prise. Je pourrais bien une énième fois confronter la bêtise militante, rappeler que si parfois nous sommes égaux, nous hommes et femmes, c’est bien dans la vulgarité et le manque de subtilité que nous témoignons jour après jour, tantôt par un talon trop haut, tantôt par un regard trop bas. Mais on me renverrait alors des drames arrivés ou inventés, qui ne m’appartiennent pas, et on finirait par me convaincre que j’ai moi aussi la langue qui sort un peu de la bouche.

Le jeu de la séduction est complexe, il l’a toujours été, et ce bruit sans nuance tend à le complexifier davantage. Quelques gorets nous ont nuit, nous nuisent parfois, comme d’autres guidounes ensalopées rendent peu hommage aux femmes. On n’ira nulle part à grand coup de toutes des salopes, à grand coup de tous des violeurs. Moi en tout cas je n’irai pas, et je ne finirai pas sur un bras de divan à faire le chat, pas plus que dans une publicité de Desjardins, pour signifier par l’absurde que je suis inoffensif.

Mais s’il faut aller nulle part, j’ai bien peur que nous y allions ensemble. On m’a partagé récemment la bande dessinée Paying for it, de Chester Brown. C’est l’histoire autobiographique d’un type qui lâche prise, épuisé par la complexité du romantisme, et qui décide de n’avoir désormais de relations sexuelles qu’avec des prostituées.

Est-ce qu’on peut ne pas se souhaiter ça, mais se rapprocher un peu, voire s’entr’aimer à l’occasion?

Gloire à toi, barbu du Plateau

J’étais vendredi dernier à l’église Saint-Jean-Baptiste à Montréal au spectacle tant attendu d’Avec pas d’casque et de Philippe B. Moi non plus je n’avais pas d’casque, et après m’être gelé les oreilles et les joyeuses pendant près d’une heure dans un vent glacial, moi qui croyais que les églises accueillaient jour et nuit l’humanité toute entière quelque soit sa condition, j’ai cependant passé une agréable soirée, que vous me permettrez de ne pas vous raconter, vous n’aviez qu’à y aller. Par contre, je veux bien vous parler du monde que j’y ai vu là.

D’abord, j’ai fait pipi avec Pierre Lapointe, à l’entracte, au sous-sol. Quel homme accessible.

Sur le chemin du retour, tandis que Chouchou, dans le blizzard, me faisait part des émotions poético-mystiques qui l’avaient pénétrée jusqu’à l’intime et à deux doigts du sacré, j’écoutais d’une oreille distraite et les narines collées, ne pensant qu’à mon statut Facebook où j’allais raconter cette minute unique à l’urinoir, deux par deux rassemblés.

Alors que j’aurais dû n’avoir en tête que les refrains mélodieux et mélancoliques d’Astronomie, je me surprenais à fredonner Le lion imberbe en attendant le métro. Et c’est à ce moment là que j’ai changé d’idée. Je ne raconterais pas mon aventure urino-ecclésiastique sur Facebook, mais plutôt ce phénomène étrange que j’avais observé plus tôt, et ça donnerait ce statut, lumineux, vous me connaissez:

« À l’église St-Jean Baptiste, au spectacle de Avec pas d’casque, il n’y avait que moi et Pierre Lapointe avec pas de barbe ».

C’était d’une douce subtilité, c’était moins gênant pour le chanteur, mais surtout c’était vrai. Mille-cinq-cent personnes étaient venues applaudir les artistes, et cette foule sympathique était exactement composée comme ceci: sept-cent-cinquante filles avec le toupet très court et très droit, et sept-cent-cinquante barbus, enfin sept-cent-quarante-huit puisque Pierrot et moi étions les deux seuls lions imberbes de la chapelle. Barbus, lions imberbes, Pierre Lapointe, ça va? Je fais de gros efforts pour que tout cela se recoupe et pour faciliter votre compréhension, j’espère que vous l’appréciez.

Des barbus. J’en avais bien croisés quelques uns sur le Plateau, ou aux abords des agences de pub, munis d’une chemise à carreaux, d’une fille à toupet et des lunettes d’Elvis Costello, mais j’étais loin de m’imaginer que c’était une génération toute entière qui était en train, sous mes yeux sans voix, de se rebûcheronner l’élégance.

Mais ne croyez pas que ça m’a dérangé, bien au contraire. C’est même avec un regard tendre et envieux, moi qui viens de heurter la quarantaine contre mon gré, que j’ai regardé défiler dans l’église cette nouvelle race d’hommes que je n’attendais plus.

Ma génération, dé-balancée par nos tantes, avait vu naître de bien curieuses créatures, peu flatteuses, en quête d’accommodements, et pour tout dire assez ridicules. Et si nos tantes en étaient fières, nous cousines étaient bien découragées, à s’en saccager le toupet. Les plus virils étaient devenus des machos infâmes, les plus sensibles manquaient cruellement de virilité, et les plus intelligents étaient forcément puceaux et boutonneux.

Après quatre trop longues décennies à se demander, jour et nuit, comment passer l’aspirateur tout en ayant l’air de David Beckham et Mathieu Bock-Côté réunis, la lumière est enfin apparue, ce vendredi soir là, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal, irisant le sourire assumé et velu du sauveur carotté.

Barbu du plateau, beau, jeune, intelligent, sensible, cultivé et à la virilité enfin retrouvée, je veux te dire merci. Tu mets fin à quarante années de disgrâce, d’errements, de honte… Mon espèce a souffert, mais grâce à toi, notre tête se redresse, les toupets vont s’allonger, et les filles vont redevenir jolies.

Toutes des folles

Un groupe sexiste et misogyne s’est distingué ces jours-ci par le biais d’une page Facebook nommée TDF, Toutes Des Folles. La page rassemble quelques centaines d’individus autour de la détestation électronique de l’ensemble du genre féminin. L’activité de ce regroupement se concrétise par la distribution d’autocollants TDF, mais surtout par la propagation d’insultes et de propos outrageants allant jusqu’à l’appel au viol, voire au meurtre. Des propos sans équivoque, au point d’en inquiéter le Conseil du statut de la femme.

Pourtant c’est vrai, ce sont toutes des folles.

Folle Rosa Parks qui, en décembre 1955, refusa de céder sa place aux passagers blancs pour lesquels l’avant de l’autobus était réservé, au prix de son arrestation et de son emprisonnement.

Folle Anne Frank, au point d’écrire à une amie imaginaire le journal intime d’une jeune fille Juive traquée par les Nazis, cachée avec sa famille dans un réduit pendant plus de deux ans, avant de mourir à Auschwitz.

Folle Marie Curie, qui reçoit par deux fois le prix Nobel, et qui en 1914, veuve, interrompt ses recherches et part avec sa fille de 17 ans sur le front de guerre soigner et sauver des milliers de blessés.

Folle Billie Holiday, battue, violée, prostituée, emprisonnée, abandonnée par ses parents, folle d’avoir juste trouvé la force de vivre un peu et d’avoir donné au siècle une de ses voix les plus émouvantes.

Folle Sharon Wood, première femme a avoir atteint le sommet de l’Everest alors qu’à peine un siècle plus tôt les médecins promettaient aux femmes pratiquant quelconque sport un « ratatinement » de l’utérus et de très probables troubles mentaux.

Folle Gabrielle Defrenne, hôtesse de l’air, contrainte à la retraite à quarante ans pour perte visible de jeunesse, tandis que ses homologues masculins pouvaient exercer leur métier jusqu’à la retraite, folle d’avoir lutté jusqu’à la Cour Européenne de Justice et obtenu gain de cause.

Folle Sophie Chiasson, dont le cerveau était inversement proportionnel à la grosseur de sa poitrine aux yeux de Jeff Fillion, d’avoir résisté.

Folle d’amour puis de chagrin Édith Piaf, après une vie de souffrances, découvrant enfin le bonheur avec Marcel Cerdan, et le perdant l’année suivante dans un accident d’avion.

Folle Chantal Petitclerc, folle Indira Gandhi, folle Thérèse Casgrain, folle Winnie Mandela, folle Aung San Suu Kyi, folle Frida Kahlo, folle Nelly Arcan, folle Simone de Beauvoir, folle Marie Sirois, folle Benazir Bhutto, folle Lise Payette, folle mère Teresa, folle Evita Peron…

Folle la caissière mono-parentale épuisée d’à côté, d’être encore si jolie.

Le masculin l’emporte

Dans un de mes récents textes, je m’adressais aux étudiants en grève. Cette lettre à l’étudiant a connu un écho certain et cette lecture fut recommandée, à ma grande joie, de très nombreuses fois sur les médias sociaux. 

Une de ces recommandations a retenu mon attention, elle invitait à lire la lettre à l’étudiant-e. Euh … non. Lettre à l’étudiant tiret e n’est pas mon titre, et en plus c’est très laid. Puis changer un titre, je trouve ça cavalier, chère. Vous l’aurez compris, la personne en question est animée par une grande sensibilité féministe, et de toute évidence elle est en croisade, grammairienne tout au moins.

Retour justement sur la grammaire. Oui, depuis la disparition du neutre latin, le pluriel des genres s’accorde au masculin. C’est conventionnel, et comme ça fait quelques siècles que c’est comme ça, je crois qu’on en est de moins en moins surpris et que notre compréhension n’est pas trop altérée. Testons : « les étudiants sont contre l’augmentation des frais de scolarité ».  Compréhension : la communauté composée de garçons et de filles qui poursuivent leurs études est contre l’augmentation des frais de scolarité. Ça marche, et j’ai vérifié sur les photos de la manif’ du 22, le cortège était bien composé de filles et de garçons. Féminisons : « les étudiantes sont contre l’augmentation des frais de scolarité ». Compréhension : les gars s’en crissent.

L’accord masculin est donc un accord inclusif et accueillant les deux moitiés de notre humanité, qu’est-ce que tu veux que je te dise, copine grammaticalement insurgée ? Aurait-il fallut que je truffe mon texte de tirets et de e, au risque de le rendre illisible, ou bien suis-je condamné à ne parler que des bagagistes, des téléphonistes, des étudistes afin de m’assurer de ne pas être re-titré au gré de tes humeurs de lutte, copine à l’accord tourmenté ?

La langue française est ainsi faite, contrainte de trancher en permanence dans ses genres. Bourreau et assassin, invariablement masculins, te précipites-tu, copine, avec tes tirets et tes e ? Est-ce de ma faute à moi si même féminin est un nom masculin ? Et as-tu pensé à la souris, petit animal rongeur dont le mâle est si injustement, au péril de sa virilité, affublé de ce petit nom féminin ridicule ?

Et la violence copine, la violence … nom commun si stupidement féminin, alors que l’humanité toute entière s’éveille blottie au chaud de ton sein, que tu vas si rarement à la chasse ou à la guerre, toi qui ne fus même jamais dictateure …

Aujourd’hui, demain, après-demain, des dizaines de copines, des voisines, des collègues de travail vont êtres harcelées, intimidées, bousculées, tabassées. D’ici la fin de l’année, quinze d’entre-elles n’y auront pas survécu, parce que le masculin l’emporte. Elle est là, copine, la lutte, et je crois qu’elle a besoin de plus d’indignation et de changements que mes accords.

Insupportable Petrowski

Ce matin Nathalie Petrowski, forte de sa tribune à La Presse, saisit l’occasion offerte par la projection à Québec de La domination masculine de Patric Jean, pour continuer à alimenter le débat/combat hommes-femmes qui lui est si cher.

Je n’embarquerai pas, ou peu, sur le fond, mais plutôt sur la forme et sur l’intention.

En bonne journaliste, Nathalie illustre son propos, et déterre cette déclaration de Léo Ferré : «L’intelligence des femmes est dans les ovaires». Curieuse illustration toutefois puisque Petrowski, dans sa chronique, veut mettre l’accent sur un possible retour de la misogynie aujourd’hui, et pour cela nous ressort le propos d’un homme mort il y a 16 ans, lequel propos prononcé il y 20 ans, 30 ans peut-être …

Mieux, et probablement sans s’en rendre compte, elle utilise les outils aussi crétins que ceux utilisés par ceux qu’elle dénonce en tentant la vexation en trouvant la cause du ressentiment d’une pognée de perdus dans «leurs problèmes érectiles». Pour désolant qu’ait été le propos de Léo Ferré, intelligemment qualifié un peu plus loin d’ «amateur de chimpanzés», je vous laisse apprécier la qualité et la profondeur de la réplique.

Plus confus, cet assemblage curieux de masculinistes québécois, d’intégristes religieux, de rap, de Lars von Trier, … ouf.

Pour ce dernier, je n’ai pas vu le film, donc je ne commenterai pas.

Concernant les masculinistes québécois, croyez-moi ou non, j’ai découvert leur existence cette semaine à l’annonce de la projection du documentaire à leur sujet. J’ai vraiment ri. Je ne savais pas que ça existait, et ça m’a fait penser à un truc genre «Société Internationale de Recherches sur la Terre Plate», groupuscule très sérieux qui est convaincu que la Terre est plate, qu’elle a la forme d’un disque avec, au centre, le Pôle Nord et les continents groupés autour de lui sauf l’Antarctique qui correspondrait en fait à la circonférence du disque. Personne n’est jamais tombé du disque car personne n’a jamais pu traverser l’Antarctique. Nathalie, je crois qu’il faut être vigilant, et je vous invite à écrire là-dessus dimanche prochain, dès fois que le phénomène serait en résurgence.

Quant à la Burqa, les intégristes, la lapidation, oui continuons d’en parler, oui demeurons, pour le coup, vigilants et intransigeants. Est-ce que la situation s’agrave comme le signale la journaliste ? Je ne peux ni l’affirmer, ni affirmer le contraire. J’ai un peu la conviction que la situation, même s’il reste beaucoup à faire, s’améliore tranquillement.

C’est chiant cette théorie du chaos et du pire, c’est comme dire «Ça va donc ben mal dans le monde, toutes ces guerres, ces famines …». Mais dans la réalité, observation claire de tous les historiens, il n’y a jamais eu aussi peu de guerres et de violences dans le monde, et il en est de même pour la famine, la mortalité infantile, etc. C’est un classique, l’abus de catastrophisation pour servir une idéologie.

Enfin, sur le retour effectivement notable de certaines présentations dégradantes de la femme dans la culture populaire, je vous invite à lire le petit billet que j’avais écrit sur l’affaire Laraque et les nichons dans lequel je disais, avec certe un brin de provocation, mais toutefois une vraie conviction : mesdames, arrangez-vous avec vos troubles !

On connait Nathalie Petrowski depuis de nombreuses années, et si comme moi vous êtes un de ses fidèles lecteurs, on ne peut que constater une permanente amertume envers les hommes en général, et malheureusement la chroniqueuse préfère alimenter le combat, quitte à utiliser des arguments aussi faible que ceux de son papier de ce matin, plutôt que de souligner les succès et les progrès d’une réconciliation en marche.

Société Internationale de Recherches sur la Terre Plate