Fin de saison


Des autoroutes, des pistes cyclables et des Walmart encombrés, un soleil plus lent, plus bas, plus lourd, le doux parfum des cahiers et des crayons bangladais, Bazzo qui rebazzotte beaucoup trop tôt. Comme dirait Pascal Henrard chaque fois qu’août achève : c’est la rentrée.

Ré-enfoncé dans le normal, je peine à quitter l’été, sa douceur, ses terrasses, ses femmes-objets. Montréal marche vers l’automne en prenant délicatement notre main et doucement nos sourires. La ville s’attriste imperceptiblement, sauf dans le Mile-end où cette année la saison des mélancolies marquera la fin de ces terribles démangeaisons faciales provoquées par ce qu’on appellera plus tard en dermatologie le syndrome SDBTBB, ou la sueur du bien trop barbu à bicyclette.

C’est à partir de la mi-août qu’en général, je défaillis. L’automne n’est pas encore frappé à la porte de mes regrets que son ombre aux yeux rougis sonne déjà au carillon de mon désespoir et me fait produire une poésie bon marché dont vous êtes actuellement les témoins tout autant stupéfaits qu’impuissants. De cette fuite du temps je devrais pourtant me réjouir. Si j’ai dans le fond de mes souliers un peu de sable nostalgique, je quitte sans regrets un été meurtrier. Un été de sang. Un été de larmes. Ça avait pourtant bien commencé avec la Coupe du Monde. Dans Villeray, l’Algérie l’a gagnée 6 fois  en 11 jours et en 4 matches. Pour les retardataires, dans le groupe de la mort, Israël l’a emporté 1440 à 4 en temps réglementaire, et l’Ukraine résiste bien en prolongation face à une Russie sournoise mais bien entraînée.

Ice Bucket Challenge. Le défi de la chaudière d’eau glacée. Ils sont tellement fiers les anglophones que toutes leurs expressions prennent moins de place que les nôtres. Ah ça ils sont fiers! Et bien je serais eux, je m’apaiserais le square face, parce qu’on s’en vient bilingue, man, tu sauras.  Any chemins.

Oui, j’ai perdu des amis. C’est ma faute, j’y ai pas cru au début. Bêtement, je me disais : il ne peut s’agir d’un élan authentique de générosité. Si l’humain était bon, ça se saurait, et les enfants palestiniens sauteraient encore sur les prothèses de leurs parents. Bêtement je me disais aussi : de toute façon l’authenticité n’existe pas. Puisque l’humain est un animal social, il est en représentation permanente, toujours en éloignement de soi, et ce bien avant Facebook, et ce depuis la veille au soir de la nuit des temps, simplement parce qu’il ne veut pas crever tout seul, comme un vulgaire Gazaoui. Bêtement je me disais encore : Ces cons qui se gèlent n’ont aucune empathie, ils ne sont que des spéculateurs au coeur de glace à la bourse masturbatoire d’un moi atrophié dont l’opportuniste vulgarité n’a d’égale que que cette phrase interminable ou la laideur d’un carré rouge appliqué sur une voiture de flic comme le rouge à lèvres recyclé et trop appuyé sur une pute en décomposition sur Ontario, passé Alexandre de Sève.

Et bien pas du tout. Comme vous, je connais des gens remarquables qui se sont arrosés pour la cause, avec sincérité, et qui ont fait un don. Ça m’a vraiment fait chier. Moi j’aime quand mon monde est monolithique, homogène. Sur la piste cyclable, je suis heureux. J’y retrouve rigoureusement les mêmes cons que sur la route et que dans le métro. J’aurais aimé que seuls les cons s’englacent, ça m’aurait rassuré. Et puis j’aurais pu fièrement conspuer ces spéculateurs au coeur de glace à la bourse masturbatoire d’un moi atrophié dont l’opportuniste vulgarité n’égale qu’un maire prochainement télévisé. Sur Ontario, passé Alexandre de Sève.

Sinon, je suis en train d’écrire un livre pour enfants. C’est l’histoire d’un ministre de l’éducation.

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