La charte et le territoire


Dans le râle assourdissant entourant le projet de charte des valeurs québécoises, ce soudain intérêt pour le nous avait quelque chose d’à la fois étonnant, encourageant, mais finalement bien décevant.

L’an dernier, durant le printemps étudiant, en réponse à un nous qui disait que l’éducation était une valeur commune et que nous devrions la partager parce qu’elle profite à tous, c’est un jeconquérant qui s’est fait entendre, un je peu prompt au partage, protecteur de son dollar, parce que c’est nous qu’on paie. Un nous malmené, ridiculisé, une aspiration romantique et chevelue pour les uns, du bruit de crottés à déporter pour les autres.

Dans le triomphe du je dollarisé et comblé de certitudes, on comprenait alors que le nous, le bien et l’espace communs auraient de plus en plus la vie dure.

Pourtant, c’est bien du nous dont il est question dans cet automne affable mais moins arabe que de plus beaux printemps, et on aurait pu s’en réjouir s’il n’avait pas ce petit goût âpre d’unentre-nous rétrécit, méfiant et suspicieux, qui ressent le besoin de soudainement pisser aux quatre coins de son territoire incertain.

Un nous inquiet en quête de définition, perdu dans un pays qu’il voudrait maintenant sans chapeau, perdu dans un pays qu’il voudrait tout court peut-être. Un nouveau nous qui a sans doute jeté trop vite sa foi avec l’eau du bénitier, un nouveau nous qui a perdu le bonheur de vue et qui espère le retrouver en disposant vainement à la croisée de ses chemins, des épouvantails.

Le temps de fêtes arrive. Cette année, on l’appellera de nouveau Noël, comme une ultime affirmation de ce curieux nous. Le vacarme de l’automne aura fait long feu, vaincu par l’épuisement dans un combat sans vainqueur. Reviendra alors le temps béni du je, de ses plaisirs coupables et de ses bonheurs temporaires, et le dieu dollar, protégé de toute charte, viendra de nouveau exaucer pour un temps nos prières.

D’ici là on continuera à hurler un drôle de nous, méfiant, homogène, et sans sourire, et on continuera à pisser maladroitement aux quatre coins de notre territoire incertain.

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