Ôter notre chapeau


J’étais à l’extérieur cette fin de semaine et c’est à mon retour dimanche soir que j’ai pris connaissance du brasier de Lac Mégantic. Comme tout le monde, c’est avec effroi et incompréhension que j’ai pris la mesure de la catastrophe, aidé par une couverture médiatique d’envergure. Très vite, j’ai vu les images de la dévastation, j’ai vu le regard perdu des voisins.

Je ne suis pas touché directement, je ne connais personne là-bas, et je ne crois pas que des proches étaient dans le coin. Je n’aurai pas de deuil à faire, je n’aurai personne à soutenir, personne à consoler. Je suis un spectateur ahuri parmi d’autres, épargné par le hasard d’une fortune pour l’instant bienveillante.

Pourtant, l’émotion est là, vive, confrontante et confuse, malmenée par les mille et une questions relayées par mon poste de radio ce matin. On y parle de bilan désastreux, de sécurité ferroviaire, d’interventions provinciales, fédérales, de déclarations maladroites, de responsabilités, d’irresponsabilités…

J’ai maintenant à ma disposition une quantité d’informations suffisante pour me faire une idée précise de la situation et commencer à émettre, là une opinion, là une critique, là un jugement, voire plusieurs. Alors je ne vais pas m’en priver, et ce n’est pas là l’unique privilège du chroniqueur, c’est désormais celui de tous puisque la technologie a libéré la parole immédiate. Médias sociaux, tribunes téléphoniques, vox pop, autant de crachoirs dans le café du commerce à ciel ouvert au comptoir duquel nous siégeons désormais en permanence.

Et c’est le bruit infernal. Un bruit aussi inutile qu’immoral, tandis que les corps fondent encore sous la braise et que des espoirs désespérés sont hurlés au ciel.

Les sauveteurs fouillent, les enquêteurs enquêtent, les aidants aident, les politiques gèrent, les analystes analysent. Nous, les bavards, nous sommes des bavards sans conscience, fabricants d’un vacarme indécent, peut-être pour ne pas regarder en face la mort et ses chagrins insoutenables.

Mais nous couvrons le bruit des sanglots, alors qu’on devrait simplement donner du silence, incliner la tête, et ôter notre chapeau.

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One thought on “Ôter notre chapeau

  1. sandy39 8 juillet 2013 / 12:45

    Nous voilà Tous réunis devant l’Actualité après avoir parcouru tant de méandres sur un Episode fictif de la Vie.

    Et ce, aujourd’hui, pour nous retrouver bel et bien, les pieds sur Terre, les pieds sur les rails du Chemin de la Vie !

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