Crise de la quarantaine


J’ai écrit un texte il y a quelques temps sur la nostalgie, ce truc de vieux qui ne devait jamais m’atteindre, du moins pas avant le CHSLD, moi qui présente encore, à tout juste quarante ans, de parfaites érections. Cette petite crise passée et ce petit texte écrit, j’aurais dû reprendre mes esprits, lâcher Aznavour, et continuer ma route. Pourtant le temps, chaque jour un peu plus, me rentre dans le coeur et, sans douceur, me défonce l’aujourd’hui.

Demain, dans quelques heures, Nelson Mandela va mourir. Rien d’injuste, il a quatre-vingt quatorze ans et il a, par sa vie de courage, convaincu tous les dieux improbables de sa place au paradis des géants. D’ailleurs, si dieux il y avait, il n’aurait que soixante-sept ans et gambaderait le cheveu à peine grisonnant, parce que vingt-sept ans de prison, désolé, mais ça compte pas.

Dans un autre texte, Mamy est tombée, je vous parlais de ma grand-mère, bancalisée par le temps meurtrier, sur le dos toute une nuit sur la céramique froide, incapable de se relever. Mais moins abandonnée que d’autres sans doute, on l’a relevée, soignée, et équipée d’un petit bouton d’alarme autour du cou, pour nous permettre de reporter dans la quiétude une peine annoncée.

J’avais dix-sept ans. Mandela était mon héros, Mamy mon repère. Demain, dans quelques heures, ils rejoindront les morts de ma vie, et on va me demander de continuer sans eux. Mais continuer quoi? Continuer à me faire amputer le passé sans rien dire?

J’ai laissé filer ma chance. Dans un encore autre texte, je vous parlais de moi, du cancer stupide qui guérit sans fin et qui me condamne à vivre. Fauché en pleine trentaine, je faisais certes un orphelin, mais quel beau doigt dans le cul au temps qui passe c’eut été.

Il passe de plus en plus de temps dans sa chambre. Demain, dans quelques heures, le petit va muer. Son rire sublime de cristal va rejoindre le cimetière de tous les rires perdus. Le temps misérable, sur lui aussi, a déjà commencé son ouvrage funeste.

Je sais bien que ma complainte est indécente quand les dieux improbables n’hésitent pas à venir rechercher des enfants qui ne riront plus jamais. Je sais bien que ma complainte est indécente quand un homme fait le macabre décompte des jours qui lui restent à vivre tandis qu’il hurle, comme ici, sa soif de vivre.

Je vais l’écouter muer, promis. Je vais le regarder partir de la maison, évidemment. Je vais patienter, pour lui, en regardant mon cimetière s’agrandir.

D’ici là, mon nombril, une maîtresse, une voiture de sport, et tout devrait s’arranger.

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