Le faiseur d’anges


Elle avait dix-sept ans, moi j’avais des boutons, et on s’aimait avec l’emportement, la fougue, et la maladresse de nos quelques printemps. Un jour, on s’est aimé un peu trop fort, à en oublier le reste.

Dans la salle d’attente, au milieu de ventres de joie, on devenait adulte un peu trop tôt, un peu trop tristes. Je lui tenais la main gauchement, honteux et impuissant de mes entrailles intactes. Dans la chambre, pendant le siècle qu’a duré cet après-midi là, j’étais assis à côté d’elle, attendant l’effet du traitement, dans un siège trop grand pour moi.

Elle est allée à la salle de bain, elle a hurlé, j’ai couru, et j’ai tiré la chasse d’eau. Ses larmes, sa pâleur, puis son silence.

Cet amour, pourtant si bouillant, a pris fin quelques mois plus tard, après une lente disparition de nos sourires.

Personne n’est pour l’avortement, ça n’est qu’un torrent de tristesse et de solitude. Quand le premier rayon du soleil réveille l’humanité, la terre entière n’a qu’une envie: se pencher sur un berceau plein de vie, et non pas regarder le fond rouge d’une cuvette souillée. Il n’y a pas de pro, il n’y a pas d’anti, il n’y a que le soleil.

Mais parfois on s’égare, parfois on néglige, parfois on se résigne, parfois on s’échappe. Parfois même on force, parfois même on viole.

Égarement, négligence, résignation, viol… À choisir, convenons-en, il vaut mieux la chaleur et l’amour d’une étable de Bethléem.

La joue d’un enfant se creuse contre un sein malheureux, et il est loin le soleil.

Salut Morgentaler.

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