Tout inclus cette année encore?


Parce que le froid et la neige commencent franchement à nous épuiser et qu’un petit tour au soleil serait plus que bienvenu, mais surtout pour saluer le premier anniversaire du Huffington Post Québec, voici le premier texte que j’y ai publié l’an dernier. Bon voyage!

Un pays pauvre mais chaud, le bikini frais fait, des crayons du Dollarama pour la femme de chambre, le Termos de dix litres, tout ventre dehors: mille dollars, tout-inclus. Tout. Le séjour tout-inclus est un voyage dans le temps. Grâce à Régression Airlines, retour au temps chaud, humide et perdu de notre petite enfance.Le vrai objet du voyage, c’est la dé-responsabilisation, au sens psychanalytique du terme. Pendant une semaine, le vacancier va abandonner tout ce qui caractérise sa vie d’adulte: il ne travaillera pas, on le transportera, on fera son lit, on le fera jouer, son déjeuner sera prêt, toujours prêt. Comme le nouveau né, il est identifié par un petit bracelet de couleur. Il n’aura d’horaire autre que celui de ses désirs primitifs.

Ses désirs de bouche d’abord. La tétée est au coeur de la vie de notre nourrisson balnéaire. C’est le stade oral. Pendant sa semaine chaude, il trottine un biberon à la main en permanence. En sept jours, il boit plus que son corps n’en réclame. Comme quand il avait cinq mois, sa bouche est redevenue érogène: il tète. Son sein est le bar, arrondi.

Très vite, l’angoisse du huitième mois. À l’instar du nourrisson, les visages familiers lui déclenchent de beaux sourires, et les visages étrangers des réactions de méfiance. Aussi, il évitera de sortir de son hôtel, au risque de croiser des indigènes hostiles, et il restera tout près du bar (le sein), certain d’y retrouver ses semblables, voire son voisin. Au besoin, il demandera au serveur de mettre la télévision au 32. Sur TVA.

Le nourrisson bronzé vit aussi, comme tous les nourrissons, ce qu’on appelle le clivage de l’objet. L’objet visé par les pulsions primaires (la mère, le lait, le sein) est divisé en deux parties: une bonne et une mauvaise. Par exemple, le clivage entre le bon lait et le mauvais lait, qui construira plus tard la symbolique de l’élixir et du poison, fait que notre résident en couches aura une forte propension à dénigrer le buffet de l’hôtel.

Enfin, tout au long de son séjour, le régressé estival aura à coeur de marquer son affirmation de soi. C’est le stade anal. Dans la nécessité d’affirmer sa toute puissance dans une relation ambivalente d’amour-haine, l’enfant décide de donner ou de ne pas donner ses matières fécales. Le visiteur en gougounes en fait autant, avec le pourboire. La rétention anale est l’arme de pouvoir absolue dans les mers du sud.

Le dernier jour de son voyage, sur le chemin du retour, le dégénéré rassasié retrouve peu à peu son autonomie, voire le langage. Toutefois cette phase peut-être plus ou moins progressive, et il n’est pas rare de le retrouver à Dorval, par moins dix degrés, en shorts, le cul en l’air, en train de chercher les clés de sa voiture dans le fond de sa valise. À ce moment là, le sacre constitue le premier retour au langage normatif. Dans cette ultime étape de re-responsabilisation, il est donc à noter que l’élégance n’est pas la faculté qui se récupère la plus vite. Et selon plusieurs observations, dans de nombreux cas, elle ne se récupère jamais.

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