Pierre-Hugues Boisvenu aura toujours raison


J’aime beaucoup mon collègue du Globe Patrick Lévesque, mais pour une fois je veux m’opposer en faux à lui, tout du moins à son dernier billet sur Pierre-Hugues Boisvenu.

J’ai de l’empathie pour Pierre-Hughes Boisvenu. Comme peut-être toi lecteur, je suis père. Et quand je me mets à penser à ce qu’il a vécu,  j’accède à l’immonde, à l’indicible.

Précision essentielle : je suis foncièrement, intrinsèquement contre la peine de mort, depuis toujours. Sans exception. Aucune.

Mieux, je suis pour la réhabilitation. L’an dernier, quand je me prononçais sur Cantat, au moment de l’affaire TNM, j’étais de ceux qui étaient convaincus qu’il avait sa place sur la scène à Montréal. Sur une scène tout court. Parce que la justice était passée, parce que si collectivement nous avions dit non à la peine de mort, cela signifiait que nous avions dit oui à la peine de vivre. Et vivre, c’est pas juste respirer, c’est aussi reprendre ses activités. Reprendre vie.

Pourtant, quand Jean-Louis Trintignant, père de Marie, a dit qu’il n’irait pas à Avignon parce que Cantat était là, j’ai compris et j’ai accepté. Pour moi, Jean-Louis Trintignant aura toujours raison, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse. Parce que c’est lui qui souffre.

Lecteur, ne me prend pas mon enfant, je te jure que toutes mes belles théories vont s’effondrer. Je te jure que je n’aurai plus de morale. En dépit de mes convictions profondes et ancrées depuis toujours, je voudrai, pour toujours, ta peau. Et je te jure que je serai bien plus cruel que dans mes jolis textes. Parce que ma rationnelle aura pris le bord.

Elle vient de là mon empathie pour Boisvenu. Le père, la mère amputés auront toujours raison, quelque soit l’inavouable de leurs pensées.

Je serai toute ma vie un militant acharné contre la peine de mort, sous toutes ses formes, y-compris une corde oubliée dans une cellule.

Le vrai coupable dans tout ça, c’est le système, c’est l’État. Mr Boisvenu n’aurait jamais dû accéder aux responsabilités qu’il occupe. J’ai la conviction que ça a été une décision émotive, prise au regard de sa souffrance et de son engagement. Mr Boisvenu n’a pas assez de la vie qu’il lui reste, aussi longue soit-elle, pour accepter l’horreur de son réel. Il n’y avait pas la place pour rien d’autre, il n’était juste pas disponible à être sénateur, ni pour rien d’autre d’ailleurs.

Demain matin, j’aimerais qu’il démissionne, pour qu’il retrouve toute la liberté d’haïr son bourreau.

—–

En prolongation, je vous invite à lire « Contre Dieu », de Patrick Sénécal. Ou comment la rationnelle peut exploser quand ton monde s’effondre.

2 thoughts on “Pierre-Hugues Boisvenu aura toujours raison

  1. Jean Poulin 3 février 2012 / 13:41

    Je respecte et apprécie votre point de vue, en partie pcq nous étions du même côté de la barricade (et un peu seuls) pendant l’affaire Cantat.
    Mais j’aimerais amener la discussion vers la question du capital de sympathie, que les événements qu’on connaît auraient procurés à PHB, et qu’on évoque comme s’il était éternel et inaltérable.
    Désolé, mais pas pour moi. Personnellement, à force de l’entendre nous abreuver de sa propagande haineuse et revancharde, je ne peux plus retourner puiser dans ce capital, il est dilapidé. Et là-dessus, pas de marge de crédit, quand y’en a plus, y’en a plus.
    Victime ou non, on est toujours responsable de ce qu’on dit et sans aller aussi que loin dans la répression, je crois qu’il ne devrait plus être sénateur.
    Je crois que cet homme a fini par se convaicre qu’une croisade médiatico-politique allait remplacer l’aide qu’il aurait pu obtenir d’un thérapeute qualifié.
    Le problème, c’est que ça passe même pas proche.

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  2. savignac 3 février 2012 / 18:33

    Je suis d’accord avec vous Jean. Mais je pense surtout qu’il n’aurait jamais dû être sénateur. Comme je le disais dans leglobe.ca (mes billets sont publiés d’abord là, puis ici ensuite), Lagacé a cité bien justement Camus cette semaine :

    « Le talion est de l’ordre de la nature et de l’instinct, il n’est pas de l’ordre de la loi. La loi, par définition, ne peut obéir aux mêmes règles que la nature. Si le meurtre est dans la nature de l’homme, la loi n’est pas faite pour imiter ou reproduire cette nature. Elle est faite pour la corriger. »

    Or Mr Boisvenu est bien trop en souffrance pour avoir ce détachement, fondamental à une justice de sang froid.

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