Le p’tit Gilles


D’abord, petit rappel, un peu gênant : le Québec n’est pas un pays. Ben non. Malgré près de 8 millions d’habitants, une superficie de plus de 1.5 millions de km2, des ressources naturelles illimitées, une langue, une culture, des artistes et du pâté chinois, le Québec n’est qu’une province d’une pays, mais pas un pays. Et mon ami belge de se taper sur les cuisses : Nous, avec trois fois moins, on est à la veille de s’en faire un deuxième, de pays !

Il m’emmerde le belge, mais je vais quand même prendre le temps de lui expliquer. D’abord le gros (la bière, belge), je suis sûr que tu ne te rappelles même pas comment vous êtes devenu un pays. C’était peut-être du temps où c’était plus facile. Et peut-être même que vous avez été aidé.

Nous notre problème, c’est qu’on a pas de héros. En vrai, on en a eu un, c’était Lévesque. Il avait fait un beau rêve. Mais on l’a pas suivi. Tu comprends, tu peux pas faire la révolution tout seul. Or nous, ici, juste pour garder notre langue, on nous a appris le consensus. Pour survivre, surtout ne pas se déchirer. Quand lui était prêt, nous on l’était pas. On aurait pu aller au bout du monde avec lui, il était fort, intelligent, visionnaire. On a eu peur.

Ça fait peur la révolution. Et il faut faire la révolution pour faire un pays. Nous, on est trop tranquille. D’aucuns prétendent que c’est pas vrai, et qu’on a déjà fait la révolution. Tranquille justement. Mais tu sais quoi ? C’est une illusion. Les révolutions tranquilles n’existent pas, la révolution tranquille n’a jamais existé. Nous n’avons fait que suivre une vague naturelle d’émancipation de l’Occident, partie de San Francisco et de Paris, mais sûrement pas de Montréal. Qu’est-ce que tu veux, on se refait pas.

Bref, on a manqué René, et là on a Pauline.

Pauline poursuit le même projet que René, mais pas le même rêve. Pauline, mettons que j’en ai connu des plus révolutionnaires. Faire la révolution, c’est être prêt à renoncer à tout ce qu’on a, au nom d’un idéal, d’une vision. C’est faire embarquer son monde dans son rêve. Mais d’arrogants châteaux en orgueilleuses ambitions, déjà qu’on a pas la révolution dans l’épiderme, tu comprends que la confiance n’est pas là. On ira pas, et on ira pas, avec Pauline.

En même temps, l’idée ne meurt pas, et on le cherche en vain notre Che Guevara, dès fois qu’il nous stimulerait l’envie d’avenir.

Après Pauline, pour nous remonter le moral, ça nous aurait pris du costaud. Juste pour repartir la pompe à rêves. À ceux, comme moi, qui n’ont pas cru en Pauline, on leur a lancé la roche friable du sexisme. Débats inutiles et stériles, car on sait au fond de nous qu’on embarquerait demain avec Evita Peron, avec Indira Gandhi, avec Benazir Bhutto.

Peron, Gandhi, Bhutto, Mandela, Havel … c’est ça rêver d’avenir. Même un Obama, ça nous aurait fait du bien.

En attendant, on s’occupe comme on peut. On divague orange, on caquette à l’occasion.

Et qui voilà ? Le p’tit Gilles.

La révolution en brushing. Fallait-il qu’on l’on soit du petit Québec (celui à pâte molle) pour y avoir cru ne serait-ce qu’une seconde ! Le p’tit Gilles, la douceur et la gentillesse incarnées, le gendre idéal. Attendrissant et candide, toujours bien mis, toujours propre. Le p’tit Gilles ne veut jamais froisser personne. Ainsi, il se présente régulièrement à des élections qu’il ne peut pas gagner. Pas de chicane. Mais quand il perd trop fort, il devient tout triste, et il s’en va.  Quand il n’est plus triste, il se remet du bleu dans le cheveu, et il revient. Mais à chaque fois Pauline le renvoie à la maison. Ouste Gillou ! Et il repart sans insister, la tête basse et le menton tremblant.

Le p’tit Gilles, à l’école du charisme, il était dans la même classe que Gérald Tremblay et Stéphane Dion.

Bref, On ira pas, et on ira pas, avec le p’tit Gilles, non plus.

Tu vois mon gros belge, on s’est trop éloigné du rêve. On est trop loin de la grande aventure. Nos dirigeants sont notre reflet, et ensemble, chaque jour, à petits pas, on s’éloigne du grand matin.

On ne fait qu’attendre ce rêveur, ce fou, cet échevelé au sourcil froncé qui saura nous convaincre, les yeux enfumés au lointain, qu’il y a un lendemain.

Allez ne rie pas de nous … oh puis oui, ris donc.

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