Pauline Marois et l’insupportable soupçon


Je veux réagir au billet de Jocelyne Robert qui, dimanche sur son blogue, affirmait que Pauline Marois était  » victime du sexisme bienveillant ». Sa publication faisait suite au passage de la chef du Parti Québécois à l’émissionTout le monde en parle.

Jocelyne Robert est sexologue, bien impliquée dans les réseaux sociaux, particulièrement via son blogue et son compte Twitter. Je la lis de temps en temps, et c’est une personne qui me paraît intelligente et articulée, et les quelques échanges que j’ai eu avec elle, à mon souvenir, étaient courtois. Je prend la peine de préciser parce que l’objet de ce billet ne vise en rien la personne, mais plutôt l’idée qui a été véhiculée dans son billet de dimanche. Donc non, pas de nouvelle guerre de blogueurs-gueuses !

Ceci fait, je peux maintenant me fâcher.

Mais au fond, mon paragraphe précédent, n’était-il pas déjà une forme de sexisme bienveillant ? Je le crains, car à la lecture du billet de Madame Robert, le moindre propos positif envers une femme en est emprunt (voir la deuxième partie de son texte). Moi qui, de bonne éducation et par conviction, a réussi à banir la main au cul comme marque de reconnaissance envers l’autre sexe, que me reste t’il si mes bons mots eux aussi sont autant d’outrances ? Comment vous transmettre quelconque forme de respect si intelligence, charme et courtoisie sont autant de de soupçons de goujaterie ? Pardonnez-moi, mais si je ne réagis pas, je suis fourré. Et malheureusement, on va être quelques uns concernés.

Revenons à Marois.

Éduqué par une mère pionnière de la cause des femmes, je demeure très sensible au sujet, et je crois avoir reçu d’elle les outils pour distinguer justement les situations de sexisme. Et par conséquent, les abus. De là, je ne peux pas accepter la piteuse défaite selon laquelle Pauline Marois rencontre des difficultés du fait de son sexe.

Pauline Marois, je le rappelle, a été confirmée dans son parti à 93 %. Je ne crois pas que les partisans de la souveraineté aient le privilège de l’égalité des sexes, et si notre société avait un problème avec les femmes en politique, jamais pareil score de dictateur africain n’aurait été atteint.

Par ailleurs, cette idée de sexisme politique va complètement à l’encontre de ce que l’on observe en Occident, et même ailleurs. Même si des postes fort restent à conquérir (mais le doivent-ils être tous ?), on ne peut qu’observer que nos démocraties ont ouvert leurs portes aux grandes dirigeantes : Merkel, Clinton, Lagarde, Bachelet, etc. Bien sûr certaines, comme Royal, n’ont pas atteint le poste suprême, mais devons-nous attribuer cela à leur sexe ? En d’autres termes, la seule preuve qui vaille d’une société non-sexiste serait la victoire systématique d’une femme à une élection ? J’espère sincèrement que non !

Pauline Marois fait face à d’autres démons, qui lui sont bien plus personnels, et nous les connaissons tous : elle est bourgeoise, elle est arrogante, elle est autoritaire, elle est cynique, elle manque de charisme et de vision, et qui plus est, elle est à la tête d’un projet difficile à vendre parce que lourd de conséquences.

Alors je trouve cela exaspérant d’être systématiquement soupçonné dès que je trouve qu’une femme politique n’est pas à la hauteur.

Madame Robert, une femme au pouvoir ? n’importe quand. Mais pas n’importe laquelle.

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