Julie, Martin et Rodrigue occupèrent Montréal


Occupons Montréal, c’est fini. La tribu hirsute a disparu, le Square Victoria brille comme un sou neuf. Il fait doux ce soir à Montréal, Julie et Martin n’ont pas réussi à partir encore. Assis sur un banc, ils regardent le parc, en comprenant qu’il n’y a pas que les cols bleus qui sont passés, le temps aussi a fait son oeuvre, la Place du Peuple devient maintenant la Place du Souvenir.

Ils vont rentrer à la maison. Drôle de paradoxe, ils sont expulsés vers dedans. Évacués à l’intérieur.

Est-ce que le monde a changé ? Julie et Martin savent bien que non. Montréal la douce n’est pas terre de colère. Les révolutions y seront toujours tranquilles, parce que le Québec ne doit son salut distinct qu’à l’harmonie, parce qu’il a un jour compris que la déchirure le ferait disparaître. Douceur de l’indignation, douceur de la répression, pas une gifle ne fut échangée en ce vendredi noir de fin de rêve de jeunesse, et il n’en manquait que peu pour que policiers et indignés ne se séparent dans un dernier câlin.

Julie et Martin reviendront toujours Square Victoria. Place du Souvenir. En dépit du cynisme, ils savent que leur vie sera désormais pleines de ce mois-là. Et que les pauvres Duhaime et Martineau se des-âment de triste sécheresse, novembre est pour toujours à Julie et Martin.

Ils feront un bébé. Il est peut-être déjà là.

C’est le temps de rentrer. La dernière voiture de police vient de quitter. Nos deux petits clodos d’un moment auront les pieds au chaud ce soir, la douche enlèvera les dernières traces de novembre et le lit sera douillet.

Difficile de ne pas penser à Rodrigue, le clodo, le vrai. Lui aussi fait partie de novembre. Il n’a pas revendiqué grand chose, lui il se tenait plutôt près de la cuisine. Il a vraiment fait chier Rodrigue. Ça allait vraiment pas bien dans sa tête. Les bras troués, il gueulait sa folie, surtout la nuit. Il se bagarrait tout le temps, il se foutait tout le monde à dos. Il était venu au milieu du monde, mais il savait pas comment faire.

Rodrigue, il a vraiment été expulsé aujourd’hui. Autre paradoxe. Bien qu’à l’extérieur, Il a avait trouvé une place au chaud, au milieu des indignés. Et ce soir il sera dehors, dans un autre parc, mais y’aura plus de cuisine, plus de musique.

Rodrigue, c’est lui l’expulsé d’Occupons Montréal.

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