Cyber-prédateurs : les visages de la honte



Un citoyen, sans doute inspiré par l’émission J.E de TVA, a décidé de piéger lui-même des cyber-prédateurs sur le web, et de diffuser les échanges qu’il a eu avec eux, par webcam interposée, sur Facebook. À noter que les visages des personnes prises sur le fait n’y sont pas masqués.

Bombe atomique lancée hier soir, l’onde de choc se propage à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux.

J’ai eu connaissance de cette nouvelle ce matin, sur le blogue de La Clique du Plateau. Dans le billet, on voit deux captures d’écrans présentant les personnes piégées. La Clique du Plateau rappelle qu’il n’est pas légal de montrer les visages des individus en question, et a donc pris les précautions nécessaires en masquant les visages et en ne diffusant pas les liens pour voir les vidéos.

Quelques minutes plus tard, c’est le blogue du Détesteur qui reprenait la nouvelle, de manière plus émotive, en pointant vers les vidéos en question.

Et c’est là qu’est mon point. Cette criminalité-là n’est pas de celles qui nous laisse de marbre. Moi-même père d’une enfant en âge d’être une cible potentielle, ne me demandez pas ce que je pense de ces individus et de leurs pratiques, vous recevrez une réponse de rage, de colère et d’une immense agressivité. Mon instinct et mes émotions créent automatiquement des pensées qui sont assez peu en adéquation avec la loi, et pour tout dire très radicales. Et je pense que la plupart de vous qui me lisez ressentez des émotions similaires.

Le citoyen en question est une personne courageuse qui est allée confronter directement les prédateurs. Et son indignation est telle qu’il a diffusé ses échanges sur le web. J’ai pu voir les vidéos, et son dégoût n’a d’égal que le mien.

Mais je ne peux m’empêcher de poser la question de la méthode. La position de la loi, on la connait, elle ne permet pas ce type de diffusion. Mais la loi n’est que la loi, et elle a parfois ses faiblesses. Ce qui, je crois, est au coeur de la réflexion, c’est la morale. Notre morale collective.

Aussi grands puissent être notre indignation et notre dégoût, pouvons-nous jeter ainsi en pâture des individus, quels qu’ils soient ? Pour ceux qui auront accès à la page Facebook de la personne concernée, vous y verrez la violence des réactions, inouïe. C’est effectivement un lynchage collectif, et plus public que jamais, puisque sur les médias sociaux.

La justice populaire est passée, avant même que la police ou la justice ne se saisissent de l’affaire.

Est-ce que c’est le monde dans lequel nous voulons vivre ? J’entend déjà l’échos des réponses à ma question : Et toi, tu veux vivre dans un monde de pédophiles criminels ?

Évidemment que non, vous vous en doutez bien. Comme vous, je rêve que plus un seul de ces malades ne se promène librement. Comme vous, je les déteste du plus profond de moi.

Mais je ne veux pas vivre dans un monde où la justice, c’est la vendetta. Je veux continuer à vivre dans un monde civilisé qui, par ses structures, de police et de justice, va me permettre de contrôler mes instincts de vengeance.

C’est cet homme là que je veux être, et c’est dans ce monde là que je veux vivre.

——–

Commentez ce billet sur leglobe.ca

Advertisements