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29 mai 2012 / Savignac

Pardon pour la casserole


C’est fini. Enfin presque. Enfin sûrement. Enfin j’imagine. Il faut sauver les festivals, le grand prix, le dollar. Priorités.

Tu te souviens de moi le jeune ? c’est moi, le passant. Je t’écrivais, c’était au début, c’était en mars, je te parlais de mon impuissance et de mon scaphandre. Je te demandais de l’aide.

Tu te souviens pas ? Je comprends. Avoir pris autant de coups de matraques sur la gueule, avoir été poivré comme un steak à relever, ça se peut bien …

Je te demandais de l’aide, comme ça :

Oui je les ai les REER, les flos, le bungalow et le ventre moins dur, mais si tu savais … si tu savais, malgré tout ce que je projette de pitoyable à tes yeux, combien mon âme est en éveil, et combien tes colères sont les miennes. Si tu savais, malgré le pli imposé de mon pantalon, l’immensité de mon indignation. Je hurle en silence sur ce monde dont tu ne veux pas, j’égorge et découpe de mes pensées les porcs dégoulinants de profits, je pleure le collectif perdu, je n’ai, envers cet individualisme d’accumulation, qu’une rage bestiale. J’ai honte de cette société de dégénérés qui n’a foi que dans la productivité, au cynisme rentable et sans limite, qui n’hésite pas, sans que jamais le scrupule ne l’effleure, à laisser sa jeunesse dans la merde, sa vieillesse dans la pisse. Au policier qui t’a laissé tout seul la gueule en sang, je lui souhaite, comme le fit jadis Primo Levi, que sa maison s’écroule, que la maladie l’accable, que ses enfants se détournent de lui …

C’est le temps de se dire salut. Est-ce que tu t’es fait fourrer ? Évidemment. Mais c’est pas grave. De ce que tu m’as montré, je ne suis plus inquiet pour toi, je sais que tu sauras faire face.

Il y a de l’orage ce soir. Plutôt que de remplir les casseroles, la pluie va vider les rues, sûrement, irrémédiablement.

C’est pas évident les adieux. On n’a jamais le bon mot. Merci. C’était bien. Prend soin de toi. Merci encore hein. Vraiment.

Tu dois rentrer amer et pensif. À poil, la gueule en sang, blessé à vie, de jour, de nuit, à Victo, sur le plateau. T’as payé cher ta session. Quand t’as eu besoin d’aide, à plat ventre, les mains dans le dos, tu nous as regardé. À travers les bien fait pour ta gueule, fleurons de notre économie, le petit réconfort de la quincaillerie. C’est tout ce qu’on a été capable de faire, s’agiter la casserole entre 8:00 et 8:30, dans notre quartier, loin du gaz et de la matraque. On n’y a pas vraiment cru, mais ça nous a donné l’impression d’exister un petit peu. Un tout petit peu.

C’est pourtant ce qui va rester. Le gueling-gueling. Parait même qu’il y a des T-shits. Il n’y avait pourtant rien à célébrer. Bien maladroits, on a changé ta lutte en folklore printanier. Un festival de plus.

En mars je te disais merci, aujourd’hui, je te demande pardon.

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