Aller au contenu principal
21 mars 2014 / Savignac

La laïcité, la gauche, et ma soeur

Jadis, sensible aux valeurs humanistes de progrès, de fraternité, de solidarité, de partage, et d’égalité, je votais pour le Parti Québécois. En dépit de notre bonne éducation, ma soeur, qui mouillait sous un beau militaire catholique près d’Hérouxville, favorisait plutôt les valeurs traditionnelles fondées sur l’ordre et le mérite, le libéralisme économique et le chacun pour sa gueule. Elle votait libéral et n’écoutait, ni mon père, ni Paul Piché. C’était simple, on se détestait et on se méprisait tranquillement en attendant de nous disputer l’héritage au dessus du cadavre encore tiède de nos parents bientôt morts de découragement. Bref, j’étais de gauche, elle était de droite, et notre famille dysfonctionnait harmonieusement ainsi.

Puis vint la charte sur la laïcité.

Heureux comme un pape, je m’empressai alors de fouiller dans mes origines de gauche pour y trouver les fondements et les vertus d’une séparation radicale des églises et des états, garantissant la souveraineté citoyenne et préservant mon humanité de l’aliénation trop longtemps imposée par les soutanes lubriques de tous poils. Le père m’avait enseigné que pendre le dernier des curés avec les tripes du dernier des patrons était le plus beau des projets, je ne pouvais donc que me réjouir. Du moins je m’y apprêtais, quand je réalisai que dans cette charte à priori libératrice, les valeurs de partage, de fraternité et d’égalité avaient été jetées un peu vite avec l’enfant Jésus et l’eau bénite de son bain. Dieu me pardonne, mais j’étais un peu fourré.

Fourré d’autant plus quand ma conne et libérale de soeur me téléphona un matin, pliée en deux, pour me dire:
- Hey bravo mon beau bobo de frère, tes amis sortent une charte qui rejette et qui exclut, c’est pas très de gauche ça!

À mon inculte grenouille de bénitier je répondis, énervé:
- Épicure, les Lumières, Voltaire, Marx, la laïcité c’est à nous, ça n’exclut pas, c’est progressiste, ça libère, ta yeule.

- Ça libère des emplois, effectivement! Des emplois occupés par des femmes immigrantes, fauchées en pleine émancipation, qui seront contraintes de rentrer à la maison sous le joug tyrannique de leurs maris dominants!

Évidemment l’illuminée qui me servait de soeur n’était pas tout d’un coup devenue intelligente, elle ne faisait que suivre les lignes d’un parti opposé à la charte non pas par grandeur mais par opportunisme, mais je devais admettre qu’elle avait raison. Si la laïcité s’inscrit dans une mouvement progressiste et libérateur, celle de la charte renferme le terrible paradoxe de l’exclusion, ce qui est difficilement acceptable quand on porte fièrement, comme moi, à gauche.

Le projet de laïcité du Parti Québécois n’a rien à voir avec la tradition républicaine à l’européenne d’une saine séparation du profane et du sacré dans les affaires publiques, il n’est que le fruit d’une volonté de resserrer les rangs souverainistes par trop désorganisés. Pour ce faire, il n’hésite pas à agiter l’épouvantail du péril islamique fantasmé, s’appuyant sur une xenophobiguïté des plus habiles, quitte à abandonner ses valeurs progressistes fondatrices, transgression de tous ses principes d’ailleurs confirmée avec l’intégration dans ses rangs d’un chantre du néolibéralisme décomplexé.

Me voilà donc, pour la première fois de ma vie, avec la même position que mon espèce de soeur et son cul béni de mari. Eux, ce n’est que par simple opportunisme politique, parce que croyez-moi que ça tripe pas fort sur le foulard et le tajine. Les amis de la charte comme Mathieu Bock-Côté surfent d’ailleurs sur cette ambiguité en pointant du doigt une improbable complicité entre les libéraux et les gens de Québec Solidaire, que tout sépare pourtant. Une manipulation de plus pour décrédibiliser le vote souverainiste de gauche qui s’est naturellement déplacé vers Françoise David.

La laïcité est un principe fort de la gauche historique, celui que m’a enseigné mon père. Mais la tolérance en est un autre que je me refuserai toujours d’abandonner. Avec la charte sur la laïcité, le Parti Québécois a rompu avec ses principes fondateurs, et à force de malhonnêteté intellectuelle et en entretenant à merveille une xenophobiguïté odorante, il a créé une confusion dont il espère profiter. La gauche de coeur ne peut plus se reconnaître dans ses rangs, pas plus qu’elle ne sera à sa place chez les libéraux de ma boutonneuse de soeur. Québec Solidaire devient alors plus qu’un choix possible, c’est une simple évidence.

..

17 mars 2014 / Savignac

Oui à PKP ? Non Monsieur Lévy-Beaulieu, pas moi !

Les souverainistes à tout prix sont tout énervés depuis l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau. Énervés et excités au point d’en perdre le nord, et surtout leur jugement.

Le 14 mars, Victor Levy-Beaulieu invitait sur sa page Facebook les internautes à co-signer avec lui une lettre de soutien enthousiaste à l’arrivée de PKP au PQ.

J’ai décliné poliment l’invitation, comme ceci:

2014-03-17 16:45:50 -04001

 

 

 

Pourtant, quelle ne fut pas ma surprise ce matin de lire dans le Journal de Montréal mon nom dans la liste des personnes qui soutiennent son vibrant plaidoyer:

2014-03-17 16:46:53 -04001

 

 

 

 

 

 

 

Erreur ou non, c’est quand même mon nom qui se retrouve là! Et au delà de mon nom, ça illustre cette excitation insensée qu’on retrouve chez VLB, chez Foglia et chez trop d’autres, ce délire amnésique qui fait fi de ce qu’est réellement PKP, soit un tyran néolibéral des plus détestables.

8 mars 2014 / Savignac

9 mars

Abusée d’amour-calendrier,
Elle a regardé la veille,
Tout autour d’elle,
S’agiter l’encens malhonnête.

Séquestrée de bonne conscience,
Déesse inventée et temporaire,
Elle l’a laissé, l’heureux,
Étaler le crémage.

Épuisée de politesses,
Se pencher encore,
Sourire pourtant,
Ramasser le confetti frauduleux.

Honorée hier comme on honore un mort,
Encore étourdie de tant d’homélies,
Elle sort de son cercueil,
Et reprend son ouvrage.

26 février 2014 / Savignac

Merci

Ami humain qui marchais dans mes pas ce matin, j’ai un petit mot pour toi, puisque tu n’en eus pas pour moi. Aussi long que mon ennui à la lecture d’une chronique de Bock-Côté, dont les fortes habiletés d’éloquence ne mettent en évidence que de fortes habiletés d’éloquence, l’hiver nous accable à tel point cette année que seul un élan de solidarité inédit pourra nous faire passer à travers. C’est la raison pour laquelle, empreint d’une humanité quasi-héroïque, j’ai acheté l’Itinéraire et je t’ai tenu la porte, puisque je sentais ton pas glacial derrière le mien, en entrant dans l’édifice en verre dans lequel nous sommes quelques milliers à gaver, au chaud, une poignée d’actionnaires sans âme qu’il serait tentant d’humilier ici, mais je n’enfonce mon poing dans le cul de personne sans une invitation préalable au restaurant, j’ai de l’élégance, des principes, et quelques restes d’éducation.

Ainsi, malgré mon visage de marbre craquelé et mes doigts surgelés par le dernier courant d’air assassin d’un matin sans pitié, j’ai mis mes cent quarante cinq livres de viande durcie en opposition afin que toi, mon semblable, mon ami, mon frère, tu puisses entrer sans effort te réchauffer au plus vite. Puis j’ai entendu un léger silence. Un petit vide que je me suis bien gardé d’interpréter, partisan de la première heure du droit à la seconde chance que je suis. Et ça tombait bien puisqu’une seconde porte, aussi lourde que la première et qu’une chronique de Bock-Côté, succédait à mon effort et il me fit plaisir de te l’offrir, elle-aussi, ouverte.

En guise de reconnaissance, un chien galeux aurait au moins remué la queue. Loin de t’en demander autant, je n’ignore pas les effets du grand froid, était-il déraisonnable d’escompter le début du commencement d’un signe de merci? Tu sais, ce petit mot de cinq lettres qu’on maîtrise, assez tôt, avant même d’arrêter de se chier dessus en souriant? Évidemment, sachant que tu avais regardé V télé toute la veillée, je ne m’attendais à rien de trop articulé et j’étais même prêt à me contenter d’un rot, en autant qu’il me fut adressé comme un vague signe d’appréciation de ma naïve normalité. Mais c’est un second léger silence que tu m’offris en retour, doublé d’un regard que tu ne jugeas pas non plus pertinent de m’accorder.

C’est dommage, c’est un beau mot, merci. Tu sais quoi? Je crois même que c’est mon préféré de tous. Dommage que tu sois tombé sur celui-là. Aux cinq petites lettres  que tu n’as pas jugé utile de prononcer, mimer, roter, j’en ai cinq petites autres à te proposer: Crève. De toutes façons tu l’aurais ouverte sans moi cette porte, n’est-ce pas? Quelle était, par conséquent, ma valeur ajoutée? Oh! voilà des mots qui t’éveillent tout d’un coup! À moins qu’à force de te stimuler le nombril à l’en faire éjaculer, tu aies simplement estimé que ces portes que je te tenais t’étaient dues, comme tous les succès que tu rencontres, uniques fruits de ton mérite? Crève. Pis crève tout seul.

Peut-être que je m’emporte. Peut-être que tu étais juste préoccupé, inquiet, découragé… Un enfant malade, un patron méprisant, un dossier stressant, des dettes étouffantes, une épouse infidèle, une chronique de Bock-Côté?

Mon camelot de l’Itinéraire, celui de la station Square Victoria, tu n’as pas idée de la beauté de ses mercis. Contre trois malheureux dollars à chaque deux semaines, en plus de son magazine, il me remet des yeux, des mains, de tout son être magané de bien plus d’angoisses que toi, que moi, que tout notre ostie de building au complet peut en endurer, une gratitude qui devrait faire crever tes silences de honte.

Je vais finir dans tes mots, des fois que tu me comprennes. Quelle était la valeur ajoutée de ces trois dollars-là? Tu as raison, elle était nulle, ou presque. Même pas de quoi apaiser un estomac pour une heure. Rien de bien efficace. Mais dans ta suffisance, dans ton nombril collant, tu as perdu de vue que dire merci n’est la consécration d’aucune transaction, le fruit d’aucun bénéfice. Dire merci, c’est reconnaître l’existence de l’autre qui a pris la peine de reconnaître simplement la nôtre, quelque soit son effort. Si malgré toutes tes chances tu ne sais plus dire merci, si ce mot-là n’a plus de sens pour toi, si tu n’en vois plus l’utilité, oui crève, pis crève tout seul. Je ne te tiens plus la porte, je te la montre.

23 février 2014 / Savignac

Kamikaze

Depuis octobre dernier, l’émission Plus on est de fous, plus on lit! de Radio-Canada a entrepris la construction d’un abécédaire canadien du féminisme, associant chaque lettre de l’alphabet à un ou plusieurs mots en lien avec le combat des femmes. Des invitées se prêtent au jeu en proposant des mots marquants. La semaine dernière, on a confié la lettre K à Judith Lussier, et elle a proposé le mot kamikaze pour illustrer la difficulté d’exprimer le regard féministe sur Internet sans recevoir systématiquement des messages agressifs et haineux. Elle précise que selon une étude du Pew Research Center, les femmes recevraient cent messages haineux contre six pour les hommes. Aussi éloquent que décourageant.

- Chérie, c’est effrayant, j’en conviens, mais il est tout aussi kamikaze de tenter de débattre le point féministe, regarde l’ami Henrard, plus coupable de maladresse que de haine, torturé sans ménagements pendant huit jours, on peut en parler aussi non, de ces abus-là?

- Va pas là mon amour, je veux qu’on passe une belle semaine.

- Comment ça, va pas là?

- Une féministe déteste, avec raison, qu’on lui dise de se taire!

- Ah mais je veux pas lui dire de se taire, je veux juste lui demander de gueuler moins fort! Je suis pas sourd, bordel!

- Une féministe déteste aussi qu’on lui dise comment faire, trésor.

- Donc je peux rien dire?

- Parle donc d’autre chose.

- Wow, je DÉTESTE qu’on me dise de me taire! Moi aussi j’ai des choses à dire, tu sauras! D’abord, Pascal Henrard n’est pas un monstre et le traitement à son endroit était injuste et disproportionné. Ensuite, une femme a-t’elle jamais couru le 100m en dessous de 10 secondes? Jamais. Nelson Mandela, c’était une femme? Non plus. On a des plus gros salaires? Évidemment, on prend plus de risques, à cause de notre testostérone, ça nous rend compétitifs, audacieux, magnifiques. Par contre quand on tombe, on tombe de plus haut, pis on se fait plus mal, pis ça on n’en parle pas hein!  Et Carey Price? c’est une femme Carey Price?

- Peux-tu gueuler moins fort?

- AH! Tu vois que c’est désagréable!

- On tourne en rond chéri, va prendre ta douche.

- Est-ce que tu viens de me pogner une fesse?

- C’était affectueux. Va te laver.

- T’expliqueras ça au juge.

- Tu m’énerves.

- Féministe.

- Crétin.

- …

- …

- Je publie ça?

- Tu veux publier quoi? Nos bavardages stériles?

- Ben quoi, c’est dans l’air du temps, non?

 

22 janvier 2014 / Savignac

Le bruit des vagues, ou la terrible perversion des médias sociaux

Les médias sociaux, dont je fais usage comme tout le monde, sont probablement la pire invention humaine depuis l’emballage de La vache qui rit. En plus de révéler bien de nos médiocrités qui ne sont certes pas nouvelles mais dramatiquement amplifiées, ils nous confrontent à la perte de sens. Avez-vous déjà joué à ce petit jeu qui consiste à répéter à l’infini les mots piano et panier? Et que ce passe t’il? À force de répétition, les syllabes se mêlent, les sonorités s’enfargent, et rapidement on se surprend à prononcer pianier ou pano, et les mots perdent leur sens. On ne voit plus, ni l’instrument de musique, ni la corbeille, mais on n’entend plus que du bruit.

Prenons un exemple dans l’actualité récente:

Il y a quelques jours, la famille Pineault-Caron s’est présentée à la commission parlementaire sur le projet de loi 60, soit la fameuse charte sur la laïcité. Inutile de revenir sur les propos de la famille en question, rappelons simplement qu’ils étaient à la fois ravissants et éloquents de bêtise. Et à part un débranché persévérant en train d’essayer d’ouvrir une Vache qui rit depuis la semaine dernière, pas un Québécois, par le truchement des médias sociaux, n’a échappé à ce triste et délicieux spectacle.

S’en est donc suivi une traînée de poudre mêlant indignation et ricanement généralisés que la technologie désormais permet. Ce grand éclat de rire mêlé de découragement est rassurant car nous sommes encore en mesure de distinguer le bon grain de l’ivraie, ce qui est une bonne nouvelle. Sauf que dans la vie telle que nous la connaissions il y a peu encore, nous aurions ri au souper, depuis le fond d’une taverne, ou devant la machine à café, et l’affaire n’aurait fait que de petits bruits, ça et là, dans nos villages de bavardage respectifs et distincts.

Leibniz, il y a trois siècles, s’interrogeait à peu près comme ceci: une vague, une toute petite vague, une vaguelette, ne fait pas de bruit. Du moins, son bruit est imperceptible à nos oreilles. Alors comment se fait-il que l’accumulation de milliers, de millions de ces petits vagues muettes puissent créer un bruit aussi fracassant que celui de la mer? Il ne pouvait imaginer que nous gronderions un jour, tous ensemble, en même temps, dans un vacarme inédit.

La famille Pineault-Caron, quoi qu’ait été son propos, doit être, à l’heure qu’il est, recroquevillée en petite boule dans sa tanière, les mains sur les oreilles, à attendre la fin du tsunami. Je veux les rassurer: Pinault-Caron, Pinault Caron, Pinon-Carault… nous aurons bientôt oublié leur nom, nous aurons bientôt oublié leurs mots, et nous créerons bientôt d’autres bruyantes tempêtes, peu conscients des dégâts laissés et à venir.

C’est là toute la perversion de cette technologie qui nous permet d’hurler ensemble. Si notre réaction demeure saine face à la bêtise, nous ne maîtrisons pas la force de nos boucans accumulés. Et si les Pineault-Caron ont manqué de jugement, de savoir, ou d’ouverture, rien ne peut justifier l’accablement que nos indignations cumulées sur les médias sociaux produit.

Et comble de la perversion, parce que nous sommes des êtres sensibles, nous finissons par voir que ces additions de bruits dépassent l’entendement. Alors, nous développons, après le tapage par nous orchestré, une saine empathie pour la personne acculée, perdant ainsi de vue la situation initiale. On comprend que c’en est trop, qu’on ne peut pas lyncher ainsi sans fin, et qu’il faut s’arrêter.

Et c’est là que le sens meurt, que les mots de désintègrent, que tout se neutralise, et que l’injustice surgit. Les mots des Pineault-Caron étaient inacceptables, nous l’avons compris et nous l’avons dit, mais l’amplification de nos cris, en plus de les accabler au delà du raisonnable, a banalisé des propos déraisonnables

Les médias sociaux, si nous n’apprenons pas mieux à les maîtriser, créerons alors cette société désincarnée qui fait peu de cas du ménagement d’autrui, en même temps que lui échappent le sens des mots essentiels qui se disloqueront dans un tumulte incompréhensible au détriment de notre mémoire.

20 janvier 2014 / Savignac

Pierrot, l’ensemble de l’oeuvre

Bonjour, bonne année. As-salâm ‘aleïkoum. Je sais, je suis en retard pour les voeux, mais je m’étais dit que je ne reviendrais seulement que quand on aurait fini de s’encharter le chignon. La semaine dernière j’ai failli venir chiller avec vous et les Pineault-Caron, mais finalement je préfère laisser les médecins se prononcer. À eux comme à vous, la santé surtout.

Lundi, j’ai failli sortir pour lécher les plaies de Lucian Bute, l’idole paralysée aux bras muets injectés de doute. Mais j’ai eu peur d’avoir la communauté haïtienne sur le dos en affirmant que c’est encore Froch qui l’a emporté samedi. À deux doigts de décréter que les Anglais sont tous des voyous, je me suis retenu l’abus, et je suis allé lire Foglia à la place, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps, convaincu qu’il avait lâché la charte depuis un boutte et qu’il avait un bon vieux fromage de son coin à me recommander.

Mais c’est dans la charte jusqu’au cou que j’ai retrouvé Pierrot le typographe ce matin, dans un texte intitulé le débat, un texte qui sentait aussi fort que les fromages de son coin.

Et Pépère la virgule, dans un récit noir et blanc légèrement sépia, de nous raconter encore son enfance antédiluvienne de fils d’immigrant digne et vaillant, parce que c’était dont mieux avant. Et de nous dire qu’en ce temps-là, un immigrant, c’était un invité, et qu’un invité, "c’est quelqu’un qui ferme sa gueule et qui dit merci". Immédiatement j’ai remercié le ciel et les dieux de la chronique que Pierrot ne se soit pas imposé son propre dogme, lui qui la ramène toutes les semaines depuis des décennies sur une terre qui ne lui a pas dit "tais-toi" à la descente du bateau (les avions n’existaient pas encore).

Auto-protégé par un peu habile "je vais me faire traiter de raciste", Pèpère surenchérit:

"On a beau dire que le problème, c’est pas les musulmans… Un peu, quand même. Ce serait moins compliqué avec des Polonais et des Italiens. Le problème avec les musulmans, c’est qu’ils sont beaucoup plus musulmans que les chrétiens ne sont chrétiens. On a un Jean Tremblay à Saguenay. Ils ont 243 millions de Mohamed Tremblay un peu partout."

Juste assez pour me faire sortir de mon hiver.

Est-ce que c’était raciste? Ça prendrait bien du temps, bien de la bière, et bien de la mauvaise foi pour en débattre, et on en déboucherait, à coup sûr, sur rien. Cependant, dans le climat actuel, une chose est certaine: c’était crétin, Pierrot. Une chance que j’ai lu mille et un textes magnifiques et humanistes de Foglia depuis 243 ans pour m’imposer ce constat sage je crois: Pépère a l’air de dieudonniser, mais je ne pense pas que ce soit très grave. Au pire il pineault-caronnise d’ennui, au mieux, du lit à la fenêtre, et puis du lit au fauteuil, il vieux-connise, rien de plus.

Je les aime moi les vieux. On leur doit beaucoup, et on leur rend si peu. L’an dernier, ma mamy de quatre-vingt sept ans est tombée, et  elle m’a foutu la trouille. J’avais écrit un petit texte sur elle, et vers la fin ça disait ça:

"Mamy, elle sent le pipi, mais elle a gagné la guerre. Mamy, elle a eu vingt ans, et des seins à faire perdre la raison. Mamy, dans ce monde devenu fou, elle tombe pour nous dire qu’aussi absurdes ou grandioses puissent être nos rêves, minables ou luxueuses nos maisons, idiotes ou rentables nos prétentions, jamais, jamais tout cela n’aurait existé sans elle. Et pour ça, juste pour ça, elle nous invite à venir faire un petit tour de temps en temps, histoire de voir si des fois, elle ne serait pas tombée."

Salam Pépère, je vais continuer à venir faire mon tour de temps en temps.